PARTIE II, CHAP. TH
Je n'aime point , reprit don Quichotte , ce que j'entends chanter à cet homme. Il nous arrivera cette nuit quelque chose de funeste. Mon ami, ajouta-t>il en appelant cehii qui passait , je vous souhaite le bonjour , et voua prie de youloir bien m'indiquer le palais de la princesse Dulcinée. Monsieur, répondit le paysan , il n'y a que peu de jours que je suis dans ce village au service d'un riche fermier. Ici vis-à-vis est la maison du curé et du sacristain, qui connaissent sûrement cette princesse , pour peu qu'elle ait rendu le pain béni. Quant à moi , je n'en ai jamais entendu parler. En disant ces mots il s'éloigna.
> Sancho, voyant que son maître alHigé ne savait plus quel parti prendre , lui dit : Monsieur , le jour approche ; pensez-vous qu'il fût convenable à l'honneur de la princesse que le soleil nous trouvât dans sa rue ? Gela ferait parler toutes les commères de cette capitale. Grojez-moi , retirons-nous dans quelque bois voisin d'ici ; je reviendrai tout seul , je regarderai à toutes les lucarnes du Toboso , jusqu'à ce que je tombe au palais de madame Dulcinée. Je finir, i sûrement par le dénicher : alors je parlerai à madame, et retournerai vous porter ses ordres. Ton conseil est plein de sagesse, lui répondit don Quichotte; je
vais le suivre sur-le-champ. Notre écujer,qui grillait de voir son maître hors du village , s€ hâta de le conduire à deux milles de là dans un petit bois , où don Quichotte se cacha de Aon mieux, tandis que Sancho s'apprêtait à s'acquitterd'une ambassade qui réussit comme on va le voir.