II. U
Ne songez maintenant qu'à répondre à ma flamme.
Songez que votre cOeur est un bien qui m'est dû.
MONIME
Hé! pourquoi donc, seigneur, me Tavez-vous rendu ?
Quoi ! pour un fils ingrat toujours préoccupée. Vous croiriez...
MONIME
Quoi, seigneur! vous m'auriez donc trompée ?
Perfide ! il vous sied bien de tenir ce discours, Vous qui, gardant au cœur d'infidèles amours ', Quand je vous élevois au comble de la gloire. M'avez des trahisons préparé la plus noire ! Ne vous souvient-il plus, cœur ingrat et sans foi. Plus que tous les Romains conjuré contre moi. De quel rang glorieux j'ai bien voulu descendre Pour vous porter au trône où vous n'osiez prétendre? Ne me regardez point vaincu, persécuté : Revoyez-moi vainqueur, et partout redouté. Songez de quelle ardeur dans Éphèse adorée. Aux filles de cent rois je vous ai préférée*; Et, négligeant pour vous tant d'heureux alliés. Quelle foule d'États je mettois à vos pieds. Ah ! si d'un autre amour le penchant invincible Dès lors à mes bontés vous rendoit insensible. Pourquoi chercher si loin un odieux époux? Avant que de partir, pourquoi vous taisiez-vous? Attendiez-vous, pour faire un aveu si funeste. Que le sort ennemi m'eût ravi tout le reste. Et que, de toutes parts me voyant accabler. J'eusse en vous le seul bien qui me pût consoler?
1 Garder au cœur^ pour garder dans le cœur, ne seroit point admis en prose ; mais ce tour est favorable à la poésie, et cela suffit pour le faire adopter.
< Construction hardie, elliptique, où Ton supprime quelques mots inutiles à la clarté , mais nécessaires à la marche ordinaire de la phrase. Pour réduire cette construction aux règles communes, il faut suppléer ce qui manque : Songez de quelle ardeur étant adorée de moi dans Éphèse^Je vous ai préférée, etc. (G.) «