‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 132 sur 397 · ACTE !, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE !, SCÈNE III

Est-€C donc voire cœur qui vient de nous parler? Songez-y : vous devez voire fille à la Grèce : Vous nous Tavez promise; cl, sur cette promesse, Galcbas, par tous les Grecs consulté chaque jour, Leur a prédit des- vents rinfaillible retour. A ses prédictions si Teffet est contraire, Pensez-vous que Calcbas continue à se taire ; Que ses plaintes, qu'eu vain vous voudrez apaiser, Laissent mentir les dieux sans vous en accuser? Et qui sait ce qu'aux Grecs, frustrés de leur victime, Peut permettre un courroux qu'ils croiront légitime? Gardez-vous de réduire un peuple furieux, Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux. N'est-ce pas vous enfin de qui la voix pi'essanle Nous a tous appelés aux campagnes du Xante? El qui de ville en ville atiestiez les serments Que d'Hélène autrefois firent tous les amants. Quand presque tous les Grecs, rivaux de votre frère, La demandoient en foule à Xyndare, son père? De quelque beureux époux que l'on dût faire choix. Nous jurâmes dès lors de défendre ses droits; Et, si quelque insolent lui voloit sa conquête. Nos mains du ravisseur lui promirent la tète. Mais sans vous, ce serment que l'amour a dicté, Libres de cet amour, l'aurions-nous respecté * ? Vous seul, nous arrachant à de nouvelles flammes. Nous avez fait laisser nos enfants et nos femmes. Et quand, de toutes parts assemblés en ces lieux, «

L'honneur de vous venger brille seul à nos yeux ; Quanû la Grèce, déjà vous donnant son suflrage, Vous reconnott l'auteur de ce fameux ouvrage ; Que ses rois, qui pou voient vous disputer ce rang, Sont prêts pour vous servir de verser tout leur sang. Le seul Agamemnon, refusant la victoire. N'ose d'un peu de sang acheter tant de gloire?

1 Tout ce morceau est emprunté de la première scène d'Euripide ; mais il, fait bien plus d'ciTet ici, parceque Euripide ne Ta mis quVn récit, et que Racine en a fait une raison puissante dans la bouche d'Ulysse. (L. B.)

Et, dès le premier pa&se laissant effrayer,

Xe commande les Grecs que pour les renvoyer > !

AGAMEMNON

Ah, seigneur! qu'éloigné du malheur qui m'opprime,

Votre cœur aisément se montre magnanime !

Mais que si vous voyiez ceint du bandeau mortel

Votre fils Télémaqne approcher de Tautel,

Nous vous verrions, troublé de cette affreuse image,

Changer bientôt en pleurs ce superbe langage,

Éprouver la douleur que j'éprouve aujourd'hui.

Et courir vous jeter entre Galchas et lui!

Seigneur, vous le savez, j'ai donné ma parole;

Et, si ma fille vient, je consens qu'on l'immole.

Mais, malgré tous mes soins, si son heureux destin

La retient dans Argos ou l'arrête en chemin,

Souffrez que, sans presser ce barbare spectacle.

En faveur de mon sang j'explique cet obstacle,

Que j'ose pour ma fille accepter le secours

De quelque dieu plus doux qui veille sur ses jours.

Vos conseils sur mon cœur n'ont eu que trop d'empire ;

Et je rougis...

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