SCENE II
CLYTEMNESTRE
D'où vient que d'un soin si cruel * L'injuste Agamemnon m'écarte de l'autel?
Fier de son nouveau rang, m'ose-t-il méconnaître? Me croit-il à sa suite indigne de paraître? Ou, de l'empire encor timide possesseur, r«roseroit-il d'Hélène ici montrer la sœur? Et pourquoi me cacher? et par quelle injustice Faut-il que sur mon front sa honte rejaillisse? Mais n'importe ; il le veut, et mon cœur s'y résout. Ma fille, ton bonheur me console de tout ^ !
i Dans le poëte grec, Clytemnestrc résiste aux ordres d' Agamemnon. Quelques critiques ont dit que cette résistance produisoit plus d'effet que la soumission très bien motivée que lui donne Racine. Comment n'ont-ils pas vu que c'est un inconvénient très grave que de compromettre à ce point l'autorité d'Âgamemnon comme époux et comme roi , et que cela vise de très près au comique dans la plus tragique des situations! Combien, au contraire, toutes les bienséances sont ménagées quand Agamemnon, après avoir compté sur la complaisancr de Clytemnestrc pour son mari, s'explique enfin en maître, et après avoir dit :
Je le veux, et je voa» le coiomande.
Obéissez ,
se retire sans attendre de réplique , et comme ne doutant pas d'être obéi: quand Clytemnestre elle-même, ne sachant à quoi attribuer cet ordre imprévu, se console par cette pensée si touchante et si maternelle :
Ma fille, ton booheur me console de toot! (L.)
t lyun soin, au lieu de par un soiu, est une licence que les entraves de notee versification font pardonner aux poètes.
8 n y a de l'adresse à couvrir cette petite mortification, qui se perd, pour aipsi dire, dans les jouissances de l'amour maternel. L'observation de toutes ces bienséances est un des avantages du théâtre françoi.i sur celui de toutes les autres nations. ( L.)