‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 158 sur 397 · ACTE m, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE IV

Et, par les malheureux quelquefois désarmé, Sait imiter en tout les dieux qui Tonl formé.

ÉRIPfilLE.

Oui, seigneur, des douleurs soulagez la plus vive. La guerre dans Lesbos me lit votre captive ; Mais c'est pousser trop loin ses droits injurieux, Qu'y joindre le tourment que je souffre en ces lieux '.

ACHILLE

Vous, madame!

ÉRIPHILE

Oui, seigneur, et sans compter le reste. Pouvez-vous m'imposer une loi plus funeste Que de rendre mes yeux les tristes spectateurs De la félicilé de mes persécuteurs?

J'entends de toutes parts menacer ma |)atrie; Je vois marcher contre elle une armée en furie; Je vois déjà Thymen, pour mieux me déchirer. Mettre en vos mains le feu qui la doit dévorer. Souffrez que, loin du camp et loin de votre vue, Toujours infortunée et toujours inconnue. J'aille cacher un sort si digne de pitié. Et dont mes pleurs encor vous taisent la moitié*.

ACHILLE

C'est trop, belle princesse : il ne faut que nous suivre. Venez, qu'aux yeux des Grecs Achille vous délivre ; Et que le doux moment de ma félicité Soit le moment heureux de votre liberté.

tend ce que c'est qu'attendrir la victoire, qui est par elle-même, comme dit Cicéron, insolente et cruelle.

1 Plusieurs grammairiens ont condamné la suppression de la préposition de devant l'infinitif joindre. Il paroit cependant que la poésie admet cette licence. Boileau en offre un exemple dans sa satire X, et Voltaire dans la scène viii de l'acte IV de Brvtus,

t « Je vous tais la moitié de mes malheurs » seroit de la prose. Mes pleurs vous en taisent la moitié, voilà la "poésie. Ce ne sont pas là les figures qui font le sublime : ce sont celles qui font l'élégance continue du style, et relèvent au-dessus de la simple pureté. Personne n'en a un aussi grand nombre que Racine. (L.)

'2Ui rPHTGÉNIE.

ACHILLE, CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, ARCAS, iEGINE, DORIS.

ARCAS

Madame, tout est prêt pour la cérémonie. Le roi près de Tautel attend Iphigénie ; Je viens la demander : ou plutôt contre lui, Seigneur, je viens pour elle implorer votre appui ^

ACHILLE

Ar<r;is, que dites- vous?

CLYTEMNESTnE.

Dieux! que vient-il m'apprendre?

ARCAS, à Achille.

Je ne vois plus que vous (fdl la puisse défendre '.

ACHILLE

(loutre qui ?

ARCAS

Je le iiouime et Taccuse à regret :

i Quelle scène ! quel coup de théâtre 1 La fille et la mère sont au comble de leurs vœux , Achille se félicite avec elles de son bonheur ; et d'un seul mot Arcas détruit leur illusion. Observez que la révélation du secret d'Agamemnon fait bien plus d'effet dans Bacine que chez le poëte grec. En effet, chez le dernier, l'esclave ne le révèle que devant Achille et la reine ; ici, c*est devant Achille, devant Clytemnestre, devant Iphigénie, et devant Ériphile; d'un seul mot, Racine a mis en mouvement la tendresse de la mère , l'amour de la fille, le caractère bouillant de l'amant, et la jalousie de la rivale. (L. B.) —Voltaire, dans son admiration pour cette belle scène , dit : « Je sais que l'idée n de cette situation est dans Euripide, mais elle y est comme le marbre « dans la carrière, et c'est Racine qui a construit le palais. "

s Quelques éditeurs ont ainsi corrigé ce vers.

Je ne vois plas que tous qai la puissics défendre :

mais toutes les éditions faites pendant la vie de l'auteur donnent le vers tel qu'il est ici ; et nous devons préférer les fautes de Racine aux plus heureuses corrections : il n'en est pas moins vrai que la grammaire exige qui la pvisAtez.

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