‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 203 sur 397 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Rendre docile au frein an coursier indompté; Les forêts de nos cris moins souvent retentissent ; Chargés d'un feu secret, vos yeux s'appesantissent; Il n'en faut point douter : vous aimez, vous brûlez; Vous périssez d'un mai que vous dissimulez Ijk charmante Aricie a-t-ellc su vous iMaire * ?

HIPPOLYTE

Théramène, je pars, et vais chercher mon père*.

THÉR AMÈNE.

Ne verrez-vous point Phèdre avant que de partir, Seigneur?

HIPPOLYTE

C'est mon dessein : tu peux l'en avertir. Voyons-la, puisque ainsi mon devoir me l'ordonne. Mais quel nouveau malheur trouble sa chère OEnoiie?

' Ce dernier vers est du style de la comédie, et termine d'une manière un peu foible dix vers d'une poésie admirable. Nous remarquerons que la question de Théramène ne peut être placée ici que pour faire ressortir davantage le caractère sauvage d'Hippolyte. C'est un de ces traits sur lesquels il faut réfléchir, et que Racine a toujours l'art de placer à propos. Théramène ne doit point ignorer l'amour d'Hippolyte, qui vient de lui dire :

Si je la halsaois, je ne la fuirais pas.

Son interrogation n'a donc d'autre objet que d'ajouter un trait de plus au caractère jd'un jeune héros qui ne veut pas avouer son amour, parcequ'il le regarde comme une foiblesse.

1 La naanière dont cette conversation est coupée mérite d'être remarquée. L'amour d'Hippolyte est su£Bsamment entrevu par le spectateur pour le préparer à la déclaration qu'il entendra au second acte, et qui ne ressemblera pas à ces déclarations subites et imprévues, si fréquentes sur notre théâtre, et malheureusement d'après l'exemple de Corneille: c'est une faute grave que Racine n'a jamais commise. Il savoit trop bien que, dans le drame, tout exige des préparations, et que rien surtout n'est si ridicule qu'un amour qui tombe pour ainsi dire des nues, comme celui de Maxime, au quatrième acte de Cinnu. Dç plus, Hippolyte laisse deviner son amour, et ne l'avoue pas : il ne l'avouera que devant Âricie , et au moment de se séparer d'elle. Il convenoit que le sauvage Hippolyte regardât comme une foiblesse l'amour même le plus soumis aux lois de l'innocence, et qui d'ailleurs est une désobéissance à son père, dont il lui àeTiuxtvd<ïTW^;xtdLQiti.'\Qi>!xV^ les bienséances sont observées. (L.)

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