THÉSÉE, PHÈDRE
PHÈDRE
Seigneur, je viens à vous, pleine d'un juste effroi ; Votre voix redoutable a passé jusqu'à moi : Je csains qu'un prompt effet n'ait suivi la menace. S'il en est temps encor, épargnez votre race, Respectez votre sang ; j'ose vous en prier : Sauvez-moi de l'horreur de l'entendre cry^r; Ne /me préparez point la douleur étemelle De l'avoir fait répandre à la main paternelle.
1 Ce retour vers la tendresse paternelle est naturel et touchant : c»n n'en a pas aperçu la plus légère trace dans le long entretien du père avec le fils, parceque l'aspect du coupable aigrissoit la colère du juge. Théflée, chez Euripide, est enccreplus d«r, plus irrité, plus violent. La mort de mi femme, et la lettre qu'il regarde comme une preuve évidente, doivent bubsI l'enflammer d'un pins violent courroux. (G.)
TAii\ PHEDRE.
THÉSÉE
Non, madame, en mon sang ma main n'a point tremi^é ; Mais l'ingrat toutefois ne m'est point échappé : Une immortelle main de sa perte est chargée, Neptune me la doit ; et vous serez vengée.
PHÈDRE
Neptune vous la doit! Quoi! vos vœux irrités...
THÉSÉE
Quoi! craignez-vous déjà qu'ils ne soient écoutés? Joignez- vous bien plutôt à mes vœux légitimes : Dans toute leur noirceur retracez-moi ses crimes ; Échauffez mes transports trop lents, trop retenus. Tous ses crimes encor ne vous sont pas connus : Sa fureur contre vous se répand en injures; Votre bouche, dit-il, est pleine d'impostures; Il soutient qu'Aricie a son cœur, a sa foi, Qu'il l'aime.
PHÈDRE
Quoi, S(;igneur!
THÉSÉE
Il l'a dit devant moi :
Mais je sais rejeter un frivole artifice. Espérons de Neptune une prompte justice : Je vais moi-même encore au pied de ses autels Jje presser d'accomplir ses serments immortels.