‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 254 sur 397 · THÉSÉE, ARICIE · texte numérisé non relu

THÉSÉE, ARICIE

Tn£SÉE.

Vous changez de couleur, et somblez interJit7% Madame : que faisoit Hippolyte en ce lieu?

ARICIE

Seigneur, il me disoit un éternel adieu.

THÉSÉE

Vos yeux ont su dompter ce rebelle courage;

Et ses premiers soupirs sont votre heureux ouvrage '.

ARICIE

Seigneur, je ne vous puis nier la vérité :

De votre injuste haine il n'a pas hérité;

Il ne me traitoit point comme une criminelle.

THÉSÉE

Tentends : il vous juroit une amour éternelle. Ne vous assurez point sur ce cœur inconstant; Car à d'autres que vous il (>n juroit autant.

ARICIE

Lui, seigneur?

THÉSÉE

Vous (leviez le rendre moins volage :

-Comment souffriez-vous cet horrible partage ?

ARICIE

Et comment souffrez-vnus que d'horribles discours D'une si belle vie osent noircir le cours? Avez-vous de son cœur si peu de connoissance?

1 Est-ce donc ainsi que doit parler Thésée dans un jour do deuil, quand sa femme se meurt, quand son fils court à une mort certaine ! Louis Racine essaie de justifier cette froide iroqie : elle n'est, suivant lui, qu'un dépit concentré et une aflfectation de tranquillité devant une ennemie que Thésée craint de réjouir par le spectacle de sa douleur, M. de rLa Harpe est de l'avis de Louis Racine. (G.)

r>78 PHEDRE.

Discernez-Toua si mai le crime et Tinnocence? Faut-il (lu'à vos yeux seuls un nuage odieux Dérobe sa vertu, qui brille à tous les yeux ? Ah ! c'est trop le livrer à des langues perfides. C<>ssez : rep^Mitez-vous de vos vœux homicides; Ojîgnt^z, seigneur, craignez que le ciel rigoureux Ne- vous haïsse assez pour exaucer vos vœux. Souvent dans sa colore il reçoit nos vicliinas; S4>s pn^sents sont souvent la peine de nos crimes.

• THÉSKE.

Non, vous voidezen vain couvrir son attentat : Votre amour vous aveugle en favenr de Tingrat. Mais j'en cn)is des témoins certains, irréprochables : J'ai vu, j'ai vu couler des larmes véritables ^

ARICIE

Prenez garde, scMgneur : vos invincibles mains Ont de monstres sans nombre aflninchi les humains; Mais tout n'est pas détruit, et vous en laissez vivra Un*... Votre fils, seigneur, me défend de poursuivre. Instruite du respect qu'il veut vous conserver. Je l'affligerois trop si j'osois achever. J'imite sa pudeur, et fuis votre présence Pour n'être pas forcée à rompre le silence.

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