SCENE XIV
LE MARQUIS
Avez-vous entrepris, messieurs, de nie la faire trouver mauvaise?
LYCANDRE.
L'effort ne sera pas grand , si vous avez du goût.
POLÎDOR.
Nous possédons , Dieu merci , les règles du théâ-* tre; et les gens du métier sont à TépreuVe de l'illusion.
DORANTE
Nous savons que le public n'est pas infaillible.
s'il ne l'est pas, qui le sera donc?
LYCANDRE.
Nous , qui avons étudié l'art , et qui en connoissons toutes les finesses.
LE MARQUIS
Que ne les mettez- vous donc en pratique? Ou sont ces chefs-d'œuvre que vous avez mis au jour?
LYCANDRE.
Ils paroîtront en temps et lieu.
LE MARQUIS
Dépêchez-vous donc. Je ne vois point de plus sûr moyen de critiquer une pièce , que d'en faire une meilleure.
POLIOOR.
Monsieur croit qu'il n'y a personne qui puisse égaler son héros.
LE MARQUIS
Celui que vous appelez mon héros, ne prétend
l'être de personne; il ne veut que des amis sincères, et ne eônnoît point de plus dangereux ennemis que les flatteurs : il aime la gloire, et ne s'en défend pas; mais il ne veut l'acquérir que par les belles voies, et seroit honteux de la devoir à ces cabales empressées qui vont crier miracle de porte en porte, et qui veulent que tout le monde encense leur idole.
LYCAWDRE.
S'il a des amis sincères, ils sont donc bien ignor rants.
LE MARQUIS
Et sur quoi jugez-vous cela ?
LYCAWDRE.
Sur ce qu'ils ont souffert qu'il donnât au public une aussi mauvaise ^ rapsodie que le Philosophe marié.
ARAMINTE
Bien répondu.
POLIDOR
Le trait est assommant.
DORANTE
Il ne s'en relèvera pas.
LE MARQUIS
Voyons donc, s'il vous plaît, Messieurs, paroi cette pièce est mauvaise.
LTC ANDRE, à Bélisc.
Me permettez -vous, Mademoiselle, de pousser plus loin la critique?
RELISE
Poussez, poussez; je vous mets au pis, etje vouf défie de me faire céder.