L£A]^DR
Vous ne connoissez pas le péril que je cours.
BAMIS.
Parce que Polémon a pris un ton sévère , Vous laissez-vous ainsi mener par votre père?
LÉANDJRE.
Dois- je donc me soustraire à son autorité ?
DAMIS
Non; mais vous reposer sur sa facilité.
Pour peu que Ton résiste à ce qu'il se propose ,
Sait-il, un seul moment, vouloir la même chose?
LEANBRE.
Je sais qu'avec mon père, autant que je voudrai,
Selon ma volonté je me gouvernerai ;
Aussi n'est-ce pas là le point qui m'embarrasse.
DAMIS
Craignez-vous ces beaux yeux desquels on vous menace?
lëakdre.
Oui, voilà le sujet de ma juste frayeur.
DAMIS
Philosophe poltron, deux beaux yeux te font peur! Qu'ils m'atjtaquent, morbleu! mon cœur ferme, immobile, Sauroit y résister, quand ils seroient'dix mille.
LÉANDBE.
Toutefois Axténice avoit su le toucher.
Oh ! je n'ai là-dessus rien à me reprocher. . .
20î^ LES PHILOSOPHES AMOUREUX.
Quand j'ai senti mon âme au point d'être rëduite , J'ai pris très^bravemenC le parti de k fuite.
Mais si par aventure ( écçmtez bien ceci ) Arténice venoit vous relancer ici , Pour essayer sur vous le pouvoir dé ies chariHés, N'en $entirie2-vous pas de secrètes ^lutthàs?
daMis.
Moi! non; je suis en garde, on ne peut m*apprdcher. Lé cœur d'un philosophe edt dur comme un rocher. Mais pourquoi vainement rappeler Artentcéî' Aveï-vous autrefois soupire pour Clârice?
LÉANDRE
Oui ; voilà le secret que je tenois caché , Et qu'en dëpit de moi vous m'avez arraché.
Clarice m'a frappé , malgré son caractère , Qui, dès que je la vis, eut de quoi me déplaire. Pour ses airs étourdis , son indiscrétion , Pour son ton décisif, je pris aversion ; Et son caquet bruyant, quoique vif, agréable Me parut, je l'avoue, un vice insupportable; Mais surtout à son âge , oii là simplicité Est le riche ornement d'une jeune beauté.
Cependant ( admirez Teffet de mon étoile , Et comme sur nos yeux l'amour sait mettre un vorFe ! ) Aux défauts de Clarice enfin accoutumé, Je ne les sentis plus , même je les aimai : Mais sa distraction l'empêcha de connoître Que de mon foible cœur je n^étois plus le maître;