ACTE IV, SCENE TI
C'est ainsi que tantôt vous vous peigniez à moi , Et moi je vous ai cru sur votre bonne foi.
DAMIS
Je mentois hardiment : je n'ai qu'un fatix mérite, Et sous l'air d'un Caton je suis un hypocrite; Près de perdre te sens , je vantois ma raison ; Je faisois le vaillant, et n étoîs qu'un poltron, Qui, pour cacher sa peor, exaltok ses prouesses ; Je vais , en m'enfoyant, vous dire mes foiblesses. Je vous aime , Artënice.
ARTIÎNIGE.
Ah! que m'apprenez -vous?
DAMIS, s'éloignant toujours.
Ce n'est pas encor tout.
AKTÉKieS.
Quoi donc?
DAMiS.
Je suis jatoux.
Vous, jakmx ! Et de qui , dites^moi ?
DAMIS
De Léandre.
AATj£-EriGi:.
C'est à tort.
DAMIS, M rapprochant peu à peu.
C'est à tort ! Pourquoi vous en défendre? Vous l'aimez, il vous aime.
ARTBNIGE, eu riant.
Il m'aime ! Eh ! dites-moi, En cOnvîent-il enfin? Partez de bonne foi.
DAMIS
Volontiers. Jurez-moi de me parler de même.
ARTEiriCE.
Je ne vous cache point que , si Léandre m'aime , L'aveu qu'il m'en feroit pourroitbiea me flatter, Et que je me plairois à n'en pouvoir douter. ,
DAMIS
Oui, d'avance je vois que mon discours vous flatte, Et que Léandre en vous n'aime point une ingrate. Qu'un si cruel aveu doit me mortifier ! Mais je veux à genoux vous en remercier.
ARTÉNICE.
Quel sujet?...
DAMIS
Pour m'avoir fait lire dans votre âme , Et donné le moyen de vaincre enfin ma flamme. Un autre a votre cœur , vous m'en avertissez ; C'est en m'assassinant que vous me guérissez ! Heureuse cruauté qui me rend à moi-même ! Si vous m'aimiez, ingrate , avant que je vous aime^.. Adieu, Madame.
ARTÉNICE.
Non , demeurez.
DAMIS
Et pourquoi.
S'il vous plaît?
Pour apprendre à mieux juger de moi.
J'estime votre ami , pourquoi m'en cacherois-je? Et s'il pouvoit.m'aimer, peut-être l'aimerois-jc ;