ACTE IV, SCENE X
Mes yeux me trompent -ils? Quelle métamorphose!
X)£ANORF..
L'amour que j'ai pour vous ^n est Tunique cause : £on excès vous plaira , je me le suis promis.
Est-ce bien vous , Léandre ? Et que dira Damis ?
L£AIfPR£.
Sa morale, entre nous, me devient insipide; Qu'il en murmure , ou non , vous serez mon seul gui4e. La raison , jusqu'ici , m'avoit tyrannisé, Mais de ses faux attraits je suis désabusé.
CLAIilCE.
( vivement. ) ( reprenant Tair sérieux. )
Je vous trouve , en effet.... Quand je vous envisage , Je vois que , malgré vous , vous serez toujours sage.
LÉ Alf DR£ , prenant encore un air plus vif.
Et moi , je vais gager , contre qui l'on voudra , Qu'avant qu'il soit. huit jours on me méconnoitra. Je veux que, dès l'instant , vous me trouviez tout autre, Et vais mettre d'accord mon esprit et le votre.
CLARICE, <i*un grand air sérieux.
Et faut-il, pour cela, vous métamorphoser?
LEANDRE
Oui, je me cliange en vous, et je puis- tout oser. Façonnez mon esprit, formez mon caractère, Et de mes volontés soyez dépositaire ; Prenez sur tous mes sens lîn absolu pouvoir, Sur votre propre goût fondez tout mon devoir. Vos plus secrets désirs vont régler ma conduite. Et de vos sentiments les miejis seront la suite.
Ouvrez-moi donc ce cœur que je veux posséder; Vos charmes ont des droits auxquels tout doit céder.
CLARICE, à part.
Je ne sais où j'en suis. Sous sa forme nouvelle, Il a des agréments qui font que je chancelle, Et que je ne puis plus deviner désormais S'il ment ou s'il dit vrai , si je l'aime ou le hais.
LlÉAirDRE.
Vous rêvez , ce me semble ; et quoi que je vous dise....
CLARICE
Ce langage nouveau me cause une surprise....
LIE A ^DRE , en lai baisant la main.
Ah ! plus il est nouveau , plus il doit vous toucher. De toutes mes erreurs je veux me détacher : C'est de votre ascendant une assez forte preuve.
CLARICE, à part.
Avant de m'en flatter , j'en veux faire l'épreuve. Il me prend par mon foible , et je connois le sien : Attaquons-le par là , je ne risquerai rien.
LlÉATfDRE.
Mais votre air sérieux , à la fin m'embarrasse. Lorsque je suis tout feu, vous êtes toute glace. Pour vivre désormais sous votre unique loi , Je renonce à l'étude , à ma retraite , à moi ; Je vous fais triompher de ma philosophie: Mes scrupules , mes goûts, je vous les sacrifie. Pourvu que je vous plaise, il n'importe à quel prix. Vous ne me répondez que par un fier souris ; Et je vois, au moment où tout mon feu s'exhale, Que vous me haïssez bien plus que ma morale.