SCENE L
LISIDOR, CLARICE.
LISIDOR.
T ous voyez maintenant comme il est nécessaire Qu'une fille surtout ne soit pas si sincère , Et cache son humeur et son tempérament, Quand il est question d'un établissement. Contraignez-Yous encore , et si vous êtes sage, Vous résoudrez bientôt Léandre au mariage.
CLARICE
Encore un entretien , je l'amène où je veux. Qu'un philosophe est sot, quand il est amoureuxl Il aime à la fureur, et puis rien ne l'arrête.
LISIDOR.
Dès que le cœur est pris , il embrouille la tête. Mais Léandre , après tout , ne peut-il vous toucher?
CLARICE
Si de sa solitude on pouvoit l'arracher , S'il étoit vraiment tel qu'il vouloit le paroître, Je crois que de mon cœur il se rendroit le maître. Sa figure nouvelle avoit mille agréments y Soutenus par des airs et des discours charmants.
a8a LES PHILOSOPHES AMOUREUX.
Il paroîssoit bruyant , vif, étourdi , folâtre , Gomme un jeune seigneur qui s^étale au théâtre/ Loin de vouloir forcer mes inclinations, Il ne m'imposoit plus nulles conditions ; En me prenant pour femme, il prenoit une reine, Que de ses volontés il rendoit souveraine ; Jamais piège ne fui: tendu plus finement, Et j'allois y donner assez étourdiment, Lorsque de vos leçons je rhe suis souvenue; Mais comme, par bonheur, vous m'aviez prévenue, J'ai contrefait la prude, et j'ai si bien parlé, Que notre Philosophe enfin s'est décelé ; Il a repris sa morgue et $on huipeur austère : Et moi j'ai soutenu mon no^veau caractère, D'un air qui m'a paru tellement le frapper. Qu'il faut qu'il ^t bien fin , s'il me peut échapper.
LJSIDOB.
Suivant votre récit , ce que j.e conjecture, C'est qu'on pourra bientôt l'engager à conclure. Le contrat est dressé ; faites votre devoir Pour le résoudre même à signer dès ce soir.
CLA.RIGE
Oui, mais songez-vous bien à ce que je hasarde? Voulez-vous m'ériger en dame campagnarde, Et me Her ici pour n'en jamais sortir? Car c'est là son projet. J'ai feint d'y consentir; Mais s'il veut me forcer à tenir ma parole, J'en mourrai de dépit , ou je <}eviendrai folle.
LISIDOR.
Va , va , ma chère enfant , époûse-ie toujours.