SCENE I
ARISTE, seul , en rohe-de-chambre.
Oui, tout m'attache ici ; j'y goûte avec plaisir Les charmes peu connus d'un innocent loisir; J'y vis tranquille, heureux, à l'abri de l'envie: La folle ambition n'y trouble point ma vie : Ck>ntent d'une fortune égale à mes souhaits , J'y sens tous mes désirs pleinement satisfaits. Je suis seul en ce lieu , sans être solitaire, Et toujours occupé , sans avoir rien à feire. D'un travail sérieux veux-je me délasser, Les Muses aussitôt viennent m*y caresser. Je ne contracte points grâce à leur badinage ,
D'un savant orgueilleux l'air farouche et sauvage.
J'ai mille courtisans rangés autour de moi :
Ma retraite est mon Louvre , et j'y commande en roi.
Mais je n'use qu'ici de mon pouvoir suprême ;
Hors de mon cabinet je ne suis plus le même.
Dans l'autre appartement , toujours contrarié :
Ici, je suis garçon : là, je suis marié.
Marié! C'est en vain que l'on se fortifie,
Par le grave secours de la philosophie ,
Contre un sexe charmant que l'on vpudroit braver:
Au sein de la sagesse il sait nous captiver.
J'en ai fait, malgré moi, l'épreuve malheureuse.
Mais ma femme , après tout, est sage et vertueuse;
Plus amant que mari, je possède son cœur;
Elle fait son plaisir de faire mon bonheur.
Pourquoi contre l'hymen est-ce que je déclame ?
Ma femme est tout aimable ; oui , mais elle est ma femme*
En elle j'aperçois des défauts chaque jour,
Qu'elle avoit, avec art, cachés à mon amour.
Sexe aimable et trompeur! c'est avec cette adresse
Que vous savez des cœurs surprendre la tendresse.
Insensé que j'étois!^i-je dû présumer
Que le ciel , pour moi seul , eût pris soin de former
Ce qu'on ne vit jamais, une femme accomplie.^
Je l'ai cru cependant, et j'ai fait la folie.
C'est à moi, si je puis, d'éviter tous débats;
De prendre patience , et d'enrager bien bas.
(Il se met à lire, le coude appnyé sur la table, en sorte que Damon entre sans être aperçu, et s^appuie sur le fauteuil d'Ariste. Ensuite Âriste dit par réflexion , et toujours sans le voir : ) '