ACTE I, SCENE III. Sai
PASQÛIW.
Que t'importe cela ?
LA FLEUR
Gomment donc! que m'importe!
Peut-il avec ses gens en user de la sorte ? Que je sois tout un jour dans son appartement , Il ne daignera pas me gronder seulement : Et j'ai quitté pour lui la meilleure maîtresse.... Qui vouloit qu'on parlât , et qui parloit sans cesse. On ne s'ennuyoit point. Tous les jours tour à tour Elle nous chantoit pouille avant le point du jour. C^ëtoit un vrai plaisir.
LISETTE
Tu veux donc qu^on te gronde?
LA FLEUR
Je ne hais point cela, pourvu que je réponde. Répondre, c'est parler. Encor vit-on. Mais bon ! Avec monsieur le Comte on ne dit oui , ni non. Il ne dit pas lui-même une pauvre syllabe. Oh ! j'aimerois autant vivre avec un Arabe. Gela me fait sécher ; cela me pousse à bout ; . Moi, qui dis volontiers mon sentiment sur tout> Le silence me tue ; et.... Vous riez !
Achève.
LA FLEUR, en pleurant.
Si je reste. céans, il faudra que je crève.
LISETTE, à Pasquin.
Que j'aime sa franchise et sa naïveté !
n. ai
3aà LE GLORIEUX.
LA FLEUR
Foi de garçon d'honneur, je dis la vérité.
PASQUIN
Notre maître à ses gens fait garder le silence; Mais ils sentent l'effet de sa magnificence; Bien nourris , bien vêtus , et payés largement.
LA FLEUR
Et tout cela pour moi n'est point contentement.
LISETTE
Enfin, il faut qu'il parle; et c'est là sa folie,
LA FLEUR
Autrement je succombe à la mélancolie. Teus un maître autrefois que je regrette fort, Et que je ne sers plus, attendu qu'il est mort. Il ne me faisoit pas de fort gros avantages ; Il me nourrissoit mal; me payoit mal mes gages; Jamais aucuns profits ; et souvent en hiver Il me laissoit aller presque aussi nu qu'un ver; Mais je l'aimois. Pourquoi ? C'est qu'il me faisoit rire ; Et que de mon côté je pouvois tout It^i dire. Il m'appeloit son cher, son ami , son mignon ; Et nous vivions tous deux de pair à compagnon. Mais pour monsieur le Corîite , au diantre Si je l'aime ! Il est toujours gourmé, renfermé dans lui-même; Toujours portant au vent; fier comme un Ecossois: Je ne puis le souffrir , à vous parler françois : Et dût-il m'enrichir , que le diable m'emporte Si je voulois servir un maître de la sorte.
PASQUIN
Patience; à ta face on s'accoutumera ; *