ACTE I, SCENE VL 33i
Monsieur? y pensez-vous?
Oui, ma petite reine; De mon cœur , de mes biens , je te rends souveraine^
LISETTE
Ce langage est obscur , et je ne l'entends pas.
LISIMOK.
Je m'en vais m'expliquer. Charmé de tes appas,
J'ai conçu le dessein de faire ta fortune.
Pour nous débarrasser d'une foule importune ,
Je te veux à l'écart loger superbement
Les soirs , j'irai chez toi souper secrètement.
Je ferai tous les frais d'un nombreux domestique ,
D'un équipage leste autant que magnifique ;
Habits, ajustements, rien ne te manquera;
Et sur tous tes désirs mon cœur te préviendra.
M'entends-tu, maintenant?
LISETTE
Oui , Monsieur, à merveille*
LISIMON.
Et ce discours , je crois , te chatouille l'oreille ; Que réponds-tu, ma chère, à ces conditions?
LISETTE
Je ne puis accepter vos propositions.
Monsieur, sans consulter une très-bonne Dame^ Que j'honore.
Et qui donc?
LISETTE
Madame votre femme.
33a LE GLORIEUX,
LISIMON.
Comment diable ! ma femme ?
lilSETTE.
Oui, Monsieur, s'il vous plaît; A ce qui me regarde elle prend intérêt ; Et je ne. doute point qu'elle ne soit ravie De me voir embrasser ce doux genre de vie.
lilSIMON.
Te moques-tu ?
LISETTE
Je vais aussi prendre l'avis De ma maîtresse , et puis de monsieur votre fils. Tous trois édifiés, à ce que j'imagine, Du soin que vous prenez d'une pauvre orpheline. Seront touchés de voir que , lui prêtant la main , Vous la mettiez vous-même en un si beau chemin; Et qu'à votre âge enfin votre charité brille. Jusqu'à les ruiner pour placer une fille.
Tu le prends sur ce ton?
LISETTE
Oui , Monsieur , je l'y prends.
Apprenez , je vous prie, à connoître vos gens. Un cœur tel que le mien méprise les richesses. Quand il &ut les gagner par de telles bassesses.
LISIMOir.
Oh! puisque mon amour, mes offres, mes discours. Ne peuvent rien sur toi , je prétends....
LISETTE, s'enfayant.
Au secours!