ACTE III, SCENE IL 38i
ISABELLE
Oui, Monsieur.
Cette fille est à vous , Ce me semble ?
ISABELLE
Il est vrai ; mais ne m'est-il pas doux D'avoir en sa personne une compagne aimable, Dont la société rend ma vie agréable ?
LE COMTE
Quoi ! Lisette avec vous est en société ? Je ne vous croyois pas cet excès de bonté.
ISABELLE
Et pourquoi non, Monsieur?
LE COMTE
chacun a sa manière De penser; mais pour moi....
LISETTE, ^ part.
Le comte de Tufière Est un franc glorieux ; on me Tavoit bien dit.
ISABELLE
Je lui trouve un bon cœur joint avec de l'esprit, De la sincérité, de l'amitié, du zèle, Et je ne puis avoir trop de retour pour elle. Car enfin....
LE COMTE
Votre père a-t-il fixé le jour Où je dois recevoir le prix de mon amour?
Vous allez un peu vite, et nous devons, peut-être,
Avant le mariage un peu mieux nous connoître ; Examiner à fond quels sont nos sentiments , Et ne pas nous fier aux premiers mouvements. C'est peu qu'à nous unir le penchant nous anime Il faut que ce penchant soit fondé sur l'estime. Et.»..
LE COMTE
J'attendois de vous, à parler franchement, Moins de précaution et plus d'empressement. Je croyois mériter que , d'une ardeur sincère , Votre cœur appuyât l'aveu de votre père , Et que , sur votre hymen me voyant vous presser , Vous me fissiez l'honneur de ne pas balancer.
ISABELLE
Moi, j'ai cru mériter que, du moins pour ma gloire, Vous me fissiez l'honneur de ne pas tant vous croire; Que de votre personne osant moins présumer, Vous parussiez moins sûr que l'on dût vous aimer ; Et ce doute obligeant, qui ne pourroit vous nuire, Calmeroit un soupçon que je voudrois détruire.
LE COMTE
Quel soupçon, s'il vous plaît?
ISABELLE
Le soupçon d'un défaut, Dont l'effet contre vous n'agiroit que trop tôt.
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