ACTE III, SCENE V. SgS
LISETTE
Oui , j'ose ; et votre erreur extrême Me force à vous prouver à quel point je vous aime. Vous vous perdez , Monsieur.
LE COMTE
Comment donc! je me perds?
LISETTE
Votre orgueil a percé. Vos hauteurs , vos grands airs
Vous décèlent d'abord, malgré la politesse
Dont vous les décorez. La gloire est bien traîtresse.
Le discours d'Isabelle étoit votre portrait ,
Et son discernement vous a peint trait pour trait
Dût la gloire en souffrir, je ne saurois me taire.
Je ne vous dirai pas : changez de caractère ;
/Car on n'en change point , je ne le sais que trop;
^Chassez le naturel, il revient au galop. Mais du moins je vous dis , songez à vous contraindre , Et devant Isabelle efforcez-vous de feindre ; Paroissez quelque temps de l'humeur dont elle est , Et faites que l'orgueil se prête à l'intérêt. Car après tout , Monsieur , l'éclat de la richesse Augmente encor celui de la haute noblesse. Voilà mon sentiment. Profitez-en, ou non, Mon cœur seul m'a dicté cette utile leçon. Votre gloire irritée en paroît mécontente; Je lui baise les mains, et je suis sa servante.