SCÈNE XIL
L'un sans Pautre, pour moi, n'est ni touchant ni beau : Et je ne puis souffrir un homme tout nouveau. Quand on se mésallie, on doit mourir de honte; Et j'en mourrois.
M. DE BOWACCUEIL.
Et deux. A vous , monsieur le Comte*
DORAICTEyàM. de Neuchâteau.
De cette affaire-ci voyons le dénoûment.
LE COMTE
Je vois bien que je touche à mon heureux moment; Il m'étoit réservé pour augmenter ma gloire , Et devant mes rivaux j'obtiendrai la victoire : Soyez-en donc témoins, pauvres disgraciés* Dès demain nos deux cœurs seront associés, Charmante Pulchérie ; oui , dès demain , ma belle ^ Nous serrerons les nœuds d'une chaîne éternelle.
PULCHERIE
Qui vous a dit cela ?
LE COMTE
Qui me l'a dit? vos yeux, Qui m'honorent souvent d'un accueil gracieux. Et bannir ces messieurs , n'est-ce pas faire entendre Que votre cœur m'en veut, qu'il est prêt à se rendre?
PULCHiRIE.
Vous concluez très-mal. Ne reste-t-il que vous Sur qui jeter les yeux pour en faire un époux?
LE COMTE
Mais je sais à quel point vous êtes délicate ^
C'est ce qui m'encourage, et c'est ce qui me flatte.
Pouvez-Yous espérer de faire un meilleur choix?
PULCHJÊRIE.
N'en doutez pas , Monsieur. Déjà plus d'une fois Je vous l'ai déclaré; mais, trop plein de vous-même, Vous voulez malgré moi croire que je vous aime : Et je veux malgré vous vous détromper si bien , Qu'une fois pour toujours vous n'en croyiez plus rien. Soyez donc assuré, si je me détermine, Que ce n'est point à vous que mon cœur se destine. Je m'explique, je crois, intelligiblement.
LE COMTE
Oh ! rien n'est moins obscur que votre compliment, El, jusqu'au moindre mot, il est plein d'énergie. Vous attendez de moi quelque triste élégie. Des plaintes, des soupirs , des reproches , des pleurs ; Et que, pour terminer mes tragiques douleurs. Outré du fier arrêt que nous venons d'entendre, J'aille en sortant d'ici me noyer ou me pendre. Mais , ô fière beauté ! vous m'en dispenserez : Je laisse à ces messieurs, que vous désespérez, Tout l'honneur d'une fin si digne de mémoire. Pour moi, qui ne suis pas sensible à cette gloire, Loin qu'à vos cruautés je songe à m'immoler. Je vais chercher ailleurs de quoi me consoler.
(Il sort en cEantant.) DORAITTE, à Pulchérie.
Je ne suis pas friand de l'honneur qu'il me cède, Et j'espère guérir par un plus doux remède.
(Ilaoït.)