ACTE III, SCENE IIL 6i
D'éteindre un feu qui met tant de trouble en son âme, A moins que vous n'ayez entretenu sa flamme : Auquel cas, entre nous, vous auriez très-grand tort Cela n'est-il pas vrai ?
MÉLITE
J'en demeure d'accord.
Si j'ai flatté Monsieur de la moindre espérance. Qu'il le dise.
ARISTE
Je sors. Peut-être ma présence L'empêche de parler librement avec vous-
MÉLITE
Cette discrétion excite mon courroux.
Restez. Et vous, Marquis, expliquez-vous sans feindre. De cet ami commun nous n'avons rien à craindre; Il faut qu'il sache tout. Dites la vérité.
LE MARQUIS
Eh bien! vous allez voir mon ingénuité.
ARISTE, se mettant entre eux deux.
Tant mieux. Pour me donner de plus sûres lumières, Dites si ses discours, ses regards, ses manières. Quand vos empressements l'obligeoient à vous voir, Ont pu, dans votre cœur, exciter quelque espoir. Pour bien juger, il faut d'exactes connoissances; Ainsi, n'oubliez pas les moindres circonstances.
M ÉLITE, d'un air piqué.
Et sachez, pour ne pas l'éclaircir à demi , Qu'il n'y prend d'autre part que celle d'un ami, Tout prêt à me blâmer, tant il est juste et sage, Pour peu que contre moi vous ayez d'avantage.
ARISTE
Ah! je vous en réponds. Fiez-vous-en à moi.
LE MARQUIS
Vous verrez à quel point ira ma bonne foi.
ARISTE
Dépêchez.
LE MARQUIS
Je dis donc, sans aucun préambule, Que lorsque je lui fis un aveu ridicule De mes feux (car il faut l'avouer franchement, Je sais que je m'y pris très-ridiculement )', Elle me répondit par un éclat de rire , Qui me déconcerta plus que je ne puis dire.
Ai^ISTB.
Passons ; jusqu'à présent elle n'a point de tort.
LE MARQUIS
Piqué jusques au vif, je jurai , mais très-fort , De ne la plus revoir ; et quelques jours ensuite , En sortant de chez vous , je lui rendis visite. Je crus qu'elle riroit d'un aussi prompt retour ; Mais d'un grand sérieux accueillant mon amour. Elle me fit trembler , et près d'elle en silence , Pour la seconde fois je perdis contenance.
ARISTE
Avancez.
Je sortis sans lui dire un seul mot, Sentant que je m'étois comporté comme un sot*
ARISTE
Ensuite.