ACTE V, SCENE I
De la seule vertu reconnoissant les lois , Loin de fuir la douleur comme un affreux supplice, Non contents de la vaincre , en faisoient leur délice. Les plus sanglants affronts, les plus cruels mépris, Ne pouvoient un instant ébranler les esprits. Immobiles rochers , ils défioient l'orage ; J'admire leur exemple , et n'ai pas leur courage.
DAHOir.
Et moi , je vous réponds que vous l'égalerez Dès le même moment que vous vous calmerez.
ARISTE
Eh! comment me calmer au fort de ma disgrâce? Je voudrois qu'un instant vous fussiez à ma place. En butte à mille affronts pires que le trépas ; Un front à triple airain ne les soutiendroit pas. A peine quelques gens savent mon mariage, Qu'au même instant sur moi je vois fondre un orage ,^ Un déluge d'écrits , tant en prose qu'en vers , Qui vont, à mes dépens, réjouir l'univers. Et que sera-ce donc , quand la cour et la ville... ?
DAMON
Pour parer tous ces traits , soyez ferme et tranquille ; C'est le meilleur parti.
ARISTE
Je le sens comme vous.
Mais pourriez- vous tenir Contre de pareils coups? Lisez.
(Il présente plusieurs papiers à Dam<«.} DAMON.
Bon! jeuK d'esprit, et pures bagatelles!
iro LE PHILOSOPHE MARIÉ.
ARISTS*
, Morbleu ! ce sont pour moi des blessures mortelles. L'équitable public me rend ce qu'il nïc doit On va me rire au nez , et me montrer au doigt; Je n'y pourrois survivre ; une retraite obscure Me sauvera du moins cette triste aventure.
DAMON
EtMélite?
AKISTE.
Dans peu Mélite me suivra.
DAMON
Croyez qu'à ce dessein elle s'opposera.
ARISTE
En dépit d'elle-même , il faut qu'elle y consente. . Ma disgrâce est l'effet de sa langue imprudente : A mes cruels chagrins je prétends qu'elle ait part j Et je vais la résoudre à souffrir mon départ. Holà! quelqu'un.