SCENE I
LYG ANDRE, tenU tirant sa m^otte.
VoTOifs quelle heure il est.... Sept heures et demie! La comédie doit être finie présentement. Le Philosopke marié vient d'être jugé , et son auteur couronné de lauriers, ou couvert de honte; sa pièce devoit aller aux nues , ou essuyer une chute effroyable* C'est un sujet nouveau , et par conséquent hasardé , qui donnoit plus lieu de craindre que d'espérer. J'ai assisté furtivement à une lecture de cet ouvrage, qui m'a causé de furieuses émotions. J'y sentois, malgré moi, des beautés qui me frappoient, et qui m'en faisoient redouter le succès. Mais ce qui me rassure , c'est que le public a perdu le goût de la vraie comédie , et ne s'amuse plus que de bagatelles et d'intrigues romanesques. Un philosophe timide, un ami prudent et discret, une femme vertueuse, une belle-sœur capricieuse, un financier brutal, un père tendre^et honnête homme , un courtisan fin railleur; des mœurs vraies, de la morale, des caractères sérieux , des contrastes, des plaisanteries qui ne naissent que du ^ujet \
i36 L'ENVIEUX,
pas le moindre écart, point de paroles licencieuses: tout y respire l'honneur , la modestie , la vertu : mœurs gothiques ; cela ne sauroit prendre aujourd'hui ; et le parterre me fera raison , sans doute , de l'audace d'un auteur qui veut plaire en instruisant. Cependant le cœur me bat, et j'ai des pressentiments qui m'effraient. De quoi di.ibie cet homme s'est-il avisé de revenir de l'autre monde, pour rentrer dans la périlleuse carrière du théâtre ? Je lui passois son Curieux impertinent ^ son Ingrat ^ son Irrésolu y son Médisant^ parce que je le regardois comme unhomme qui n'existoit plus. Mais, après sept années d'absence , réveiller l'attention du public par un Philosophe marié l c'est ce que je ne saurois lui pardonner, et ce qui mérite toute ma haine. J'entends du bruit. On vient m'apporter quelques nouvelles.