‹ Œuvres du chevalier de Boufflers, membre de l'InstitutChapitre 114 sur 120 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

Je vous envoie pour vos étrennes un petit dessin d'un Voltaire pendantqu'il perd une partie aux échecs, Cela n'a ni force ni correction, parce que je l'ai fait à la hâte, à la lumière et au travers de grimaces qu'il , fait toujours quand on veut le peindre; mais le caractère de la figure est saisi , et c'est l'essentiel. Il vaut mieux qu'un dessin soit bien commencé que bien fini, parce qu'on commence par l'ensemble et qu'on finit par les détails.

Et l'éclat que le printemps donne ; - Les bergères et les pasteurs N'en forment point une couronne.

La Parque, de ses vilains doigta, Marquait d'un sept suivi d'un trpis La tête froide et peu pensante De Fleuri qui donna des lois A notre France languissante.

Il porta le sceptre des rois, Et le garda jusqu'à nonante.

Régner est un amusement Pour un vieillard triste et pesant, De toute autre chose incapable; Mais vieux poêle} vieil amant , Vieux chanteur est insupportable.

C'est à vous, 6 jeune BoufQers A vous dont notre Suisse admire .

Les crayons, la prose et les vers, Et les petits contes pour rire; C'est à vous de chanter Thémire Et de briller dans un festin , Animé du triple délire Des vers, de l'amour et du vin.

Et voici ma réponse :

Je fus dans mon printemps guidé par la folie ,

Dupe de mes désirs, et bourreau de mes sens; Mais s'il en était encor temps, Je voudrais bien changer de vie ;

Soyez mon directeur, donnez-moi vos avis, Convertissez-moi , je vous prie, Vous en avez tant pervertis !

Sur mes fautes je suis sincère,

Et j'aime presque autant les dire que les faire. Je demande grâce aux amours; Vingt beautés à la fois trahies, Et toutes assez bien servies ,

En beaux momens, hélas! ont changé mes beaux jours !

J'aimais alors toutes les femmes;

Toujours brûlé de feux nouveaux , Je prétendais d'Hercule égaler les travaux,

Et sans cesse auprès de ces dames Être l'heureux rival de cent heureux rivaux.

Je regrette aujourd'hui mes petits madrigaux; Je regrette les airs que j'ai faits pour mes belles :

Je regrette vingt bons chevaux

Qu'en courant par monts et par vaux

J'ai , colnme moi , crevés peur elles ;

Et je regrette encor plus Les utiles momens qu'en courant j'ai perdus.

Les neuf Muses ne suivent guère Ceux qui suivent l'Amour ; dans le métier galant , Le corps est long-temps vieux , l'esprit long-temps enfant. Mon esprit et mon corps, chacun pour son affaire ,

Viennent chez vous , sans compliment, L'esprit pour se former , le corps pour se refaire; Je viens dans ce château voir mon oncle et mon père.

Jadis les chevaliers errans, Sur terre après avoir long-temps chetchéibrtune,

Allaient chercher dans la lune

Un petit flacon de bon sens :

Mais je vous en demande une bouteille entière;

Car Dieu mit en dépôt chez vous L'esprit dont il priva tous les sots de la terre, Et toute la raison qui manque à tous les fous.

Souvenez-vous de moi , madame , auprès de vous et auprès du roi ; dites r lui de ma part sur la nouvelle année :

De tout temps unanimement, Sire, on vous la souhaite bonne; Et, pour répondre au compliment , , Votre majesté nous la donne.

BOUPPLEBS. T. I.

Et vous, ma chère maman, comme vous valez mieux que tout ce qui m'amuse ici, pour briser tous mes liens , mandez-moi que vous êtes malade et que vous avez besoin de moi ; ce sera une raison pour tout brusquer et pour re voler à vous; mais n'allez pas vous y prendre grossièrement , parce que je serai obligé de montrer votre lettre.

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