CHAPITRE m
Les Colignyg, alliés à la maison àt Moatmorency, font cause commune avec elle. ~ État nominal des personnages opposés.
Une autre maison jouissait en France d'une haute considération à l'époque où nous sommes arrêtés, c*était la maison de Coligny. Elle était composée de trois frères : Odet ^ né en 1515, connu sous le nom de cardinal de Châlillon; Gaspard de Coligny, l'amiral, né en 1517, et François, célèbre sous le nom de Dandelot , né en 1521 . Leur père , Gaspard de Coligny, seigneur puissant et illustre en Bourgogne, s'était établi en France sous Louis XI; il accompagna Charles VIIl à la conquête de Naplrs, Louis XII à celle du Milanais, François I*"" à Marignan : ce prince le fit maréchal de France, et lieutenant général de Champagne et de Picardie. Il épousa la sœur du connétable Anne , et cette alliance , jointe à sa naissance et à ses services, attira sur lui et sur sa famille les faveurs de la cour. Il mourut en 1522, laissant ses fils en bas âge.
L'amiral avait quarante-quatre ans en 1559; Dandelot , son fi*ère , en avait trente-huit. François de Montmorency en avait vingt-quatre ou vingt-cinq; Henri de Montmorency, vingt-six. François de Guise en avait quarante; Charles, cardinal de Lorraine , en avait trenteneuf; le cardinal de Guise, trente-sept. Voilà huit personnages principaux, dont six
DES GUERRES DE COUR
se trouvent au même ftge , avec un avenir d'égale durée y la même ambition y les mêmes titres^ au même rang y à Pentrée de la carrière des honneurs, des pouvoirs^ des richesses; plusieurs ayant encore des frères et beaux-frères et d'autres parents qui seconderont leurs efforts. Vous voyez à l'extrémité de cette carrière tous les objets de leur ambition, flottant, nageant pour ainsi dire dans Fanarchie , s'offrant au plus adroit, au plus hardi, au lieu d'être distribués au plus digne pai» la main équitable et puissante d'un monarque révéré : pouvez-vous ne pas prévoir d'avance les longues et vives agitations qui vont se succéder?
Le duc de Guise, dont la première ambition fut d'envahir des places et de s'enrichir, n'épargna dans sa faveur aucun des contemporains dont l'âge ne lui permettait pas d'espérer la succession.
Depuis plusieurs années il voyait avec inquiétude la faveur des Colignys, Il s'était approprié l'honneur de la victoire de Rentî, à laquelle Goligny avait eu plus de part que lui- Il s'était hâté de faire rompre la trêve de cinq ans que Goligny, chargé de négocier la paix , avait heureusement obtenue de l'empereur. Quatre ans après, lorsqu'il se vit maître de l'État, il dépouilla l'amiral du gouvernement de Picardie dont il était investi , et s'aliéna ainsi cette famille comme il s'était aliéné celle de Montmorency.
Le cardinal de Lorraine était insolent et dur. Le nouveau conseil du roi ayant résolu , pour l'économie, de réduire l'état des troupes royales à quinze cents lances et à cinq ou six mille hommes d'infanterie, les ofBcicrs réformés affluèrent à Fontainebleau. Les deux frères s'étaient partagé les rôles : le duc écoute, fait des réponses douces et polies; le cardinal fait planter des potences à la porte du château, pour y accrocher prévôtalement ceux qui seront trouvés le lendemain dans la ville.