CHAPITRE V
Acte de tyrannie du roi contre les magistrats protestants, en plein parlement. — Signal de réunion des mécontents autour des Bourbons.
L'exécution d* Anne Dubourg donna le signal de la réunion à une foule de personnes qui s'entendaient sans s'être parlé.
Tout le monde sait l'histoire de cette abominable exécution : elle ne s'oubliera pas plus que la Saint-Barthélémy.
La duchesse de Valentinois, espérant s'enrichir par la confiscation des condamnés, et les Guises, toujours occupés du soin de se faire un parti parmi les calhoUques, ne cessaient de solliciter le roi à des violences contre les hérétiques. Ils firent agir auprès de lui des magistrats du parlement, et ils vinrent à bout de persuader à ce prince qu'il fallait commencer par châtier ceux d'entre eux qui étaient favorables aux sectaires ; que là était la racine du mal. Ils lui conseillèrent de se rendre au parlement pendant une mercuriale, sans y être attendu. Le 45 juin, le roi se rend au parlement, accompagné des princes de la maison de Bourbon, de François, duc de Guise, du connétable de Montmorency, et des cardinaux de Lorraine et de Guise. Là, il dit qu'il a cimenté la paix par le double mariage de sa sœur et de sa fille (1) ; qu'il faut maintenant finir Taffaire de la religion. Anne Dubourg observe qu'il serait bon d'examiner qui était l'auteur des trou-
( I ) He sa sœur, mariée au duc de Savoie ; de sa fille, Renée , mariée au duc de Lorraine.
DES GUERRES DE COUR
Mes en matière de religion, de peur qu'on ne fût obligé de faire la réponse d'ÉIie à Achab : Cest vous qui troublez Israël (1).
Le roi s'offense de cette citation. Le connétable de Montmorency s'étant approché de lui pour prendre des ordres, descend dans le parquet, saisit sur leur siège Dufour et Dubourg, et les livre au capitaine des gardes Montgommery, qui les conduit à la Bastille. Un autre capitaine des gardes va en saisir six autres dans leur maison, pour avoir opiné dans le même sens: une commission les condamne tous à être roués vifs et brûlés. Le roi avait annoncé qu'il assisterait au spectacle de cette exécution, lorsque, se donnant en spectacle lui-môme dans un tournoi^ il est frappé d'un coup mortel. Les Guises pouvaient sauver les magistrats proscrits, en faisant un appel à la clémence naturelle du jeune successeur; ils ne le font point, ils avaient besoin de la terreur : Dubourg subit son supplice.
Alors tout afflue autour du prince de Condé; les bannières de Pambition trompée, de la justice lésée, des mœurs offensées, de la liberté de conscience révoltée, viennent se ranger sous celle qu^out levée Porgueil et l'ambition de ce prince, jusque-là regardé avec indifférence; et parmi ces bannières diverses on ne voit point celle du protestantisme évangélisant, travaillant à se propager par la force et à extirper la religion catholique.