‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 105 sur 478 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Conjuration de Lyon, appelée cmMpiratlond'Amàoise, des Bourbons et adhérents, contre les princes lorrains. — Les Guises en font une boucherie à Amboise, après les y avoir attirt'*8 par surprise.

On forme un conseil à Lyon.

I^ Renaudie, gentilhomme d'une bonne maison de Périgord, homme d'épée et nullement théologien, aimé et estimé du prince deCondé, va consulter à Lausanne et à Genève sur le parti qu'il convient de prendre. Il rap porte de Genève une consultation de François Hottman^ HIs d'un conseiller au parlement de Paris, et l'un des plus célèbres jurisconsultes de son temps. Les conjurés se réunissent à Nantes. La Renaudie y harangue avec véhémence; il accuse les Guises d'avoir privé la nation du droit de s'assembler, de composer seuls le conseil pendant le bas âge du roi^ d'en éloigner les princes du sang, qu'il dit être magistrats nés du royaume dans un temps de minorité; de priver, sous prétexte d'économie, les anciens officiers domestiques de leurs emplois, tandis qu'ils doublent les gages de leurs

affidés; de se revêtir dés grands offices^ des grands gouvernements^ et d'en dépouiller dés hommes tels que le connétable de Montmorency et l'amiral de Coligny. On voit ici à découvert des intérêts politiques et personnels^ appuyés sans doute sur les droits les plus certains, mais enfin différents des intérêts religieux. Ceux des calvinistes ne seront pas exclus de la protection des conjurés, mais ils ne sont pas l'objet de la conjuration : on ne s'occupera point de leurs succès, de leurs progrès, même de leur défense ; on ne protégera que le droit de se défendre eux-mêmes, que la liberté de se servir, pour leur conservation ou leur propagation , des moyens qui leur sont propres : l'exercice du culte, la parole, et l'exemple.

Non-seulement les conjurés ne sont point fanatiques des opinions des calvinistes, mais ils ne croient ni au fanatisme des calvinistes ni même à celui des catholiques. La Renaudie, après avoir représenté les magistrats arrachés de leur siège, traînés sur un échafaud, brûlés, pour avoir déclaré qu'ils croient la tolérance juste et nécessaire, s'écrie : a Plût à Dieu a qu'une piété mal entendue, un zèle aveua gle mais vrai, le fanatisme enfin (voyez quel a vœu j'ose former!), dirigeât nos persécuteurs! « du moins nous apercevrions un terme à nos a maux , car la vérité triomphe tôt ou tard, a Mais... regarderai-je comme un dévot, comme a un chrétien, un homme dont la conduite est a directement opposée aux maximes de l'É- « vangile, un prêtre qui, dans une cour débor- « dée, est encore un objet de scandale? (Upara lait du cardinal de Lorraine.) N'entends-je (f pas débiter dans les rues que les princes « lorrains sont les vrais descendants de Char- « lemagne, que les Capets sont des usurpaa teurs? Si cette fable s'accrédite, il ne leur a manquera qu'un ordre émané de Rome pour « parvenir à leur but; et Romeie fera-t-il longa temps attendre? x>

Après ce discours, la Renaudie conununique la consultation, et fait connaître les dispositions des princes et celles des puissances étrangères en faveur des réformés. On convient de signer d'abord une protestation de fidéUté au roi, ensuite de rédiger une requête qui lui serait présentée, pour demander l'expulsion des Guises. On prévoit le cas où les porteurs de la requête seraient écarlés du trône par les Guises. En ce

DES GUERRES DE COUR

caS; s*écrie-i-on, qu'ils meurent de la mort des tyrans ! La présentation de la requête devait avoir lieu à Blois^ le 15 mars.

Dans l'intervalle^ la conjurati(m se découvre. Guise est nommé lieutenant général pour le temps et le fait de la conspiration. La reine consulte les Ck)lignys, feignant d'ignorer qu'ils soient d'accord avec les conjurés. Les Golignys feignent, de leur cAté, d'ignorer les griefs des coiqurés^ excepté celui de la persécution, qu'on ne pouvait nier. En conséquence^ ils conseillent de désintéresser les protestants en leur accordant liberté de conscience et amnistie.

La cour se rend à Amboise. Le prince de Condé s'y rend avec ses gentilshommes; des troupes de réformés s'avancent.

Nemours va au-devant. Il propose de déposer les armes^ et s'offre à conduire les pétitionnaires au pied du trône : on souscrit à son offre. Sur sa parole^ on entre désarmé dans Amboise. Malgré les réclamations de Nemours^ dont l'honneur est engagé, on jette les pétitionnaires dans les prisons , on en fait mourir douze cents.

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