‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 120 sur 478 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Alarmes des protestants eausées par les commissaires chargés de Texécution du traité d'Amboise et par un nouvel édit en interprétation du traité d'Amboise, en conséquence d'une décision émanée du concile de Trente.

Les protestants paisibles s'effirayent et se rassurent en même temps à la nouvelle du crime , accompagnée de celle du cbfttiment.

Mais d'autres cinjonstances concourent à répandre des alarmes.

Catherine avait envoyé des commissaires dans les provinces pour l'exécution du traité d'Amboise. Dans les parties où les calvinistes étaient les plus forts, on leur marqua des lieux d'assemblée commodes; ailleurs, la gêne qu'on leur imposait équivalait à l'interdiction : des plaintes commencèrent à se faire entendre.

Dans le même temps (vers la fin de 1563), le concile de Trente, commencé depuis vingt-cinq

(I) Anquetil, liv. I, p. 206.

ÉBAUCHE HISTORIQUE

années^ touchait à sa fin ; ses déckions étaient attendues avec fnipatience^ comme la règle in*^ variable de la foi catholique. Le cardinal de Lorraine y figurait parmi les plus influents; il avait de fréquentes conférences avec Tempereur et avec le pape^ ce qui ajoutait beaucoup à la considération qu1l tenait de sa doctrine peu profonde^ mais tranchante , et de ses mœurs peu régulières, mais aimables et faciles. Alors se décida une question sur laquelle plu*sieurs grands prélats étaient partagés; c'était de savoir si le mariage serait permis aux prêtres. Plusieurs ecclésiastiques et des religieuses s'étaient mariés en France^ croyant ne pas blesser en cela la foi catholique. Gomme nous l'avons vu, le cardinal de Chàtillon, évoque de Beauvais, était du nombre; sa femme était reçue à la cour sous deux titres : ou madame la cardinale^ ou madame la comtesse de Beauvaisi

Le concile prononça contre le mariage des prêtres. Quelles furent ses raisons? Nous savons par l'histoire du concile cel'es qu'on a données; nous savons par l'histoire du cœur humain celles qui ont déterminé. On a dit que la soumission au chef de l'ÉgUse serait moins parfaite et moins intime^ le recueillement dans des fonctions sacrées moins profond, l'élévation des ftmes vers des contemplations sublimes moins facile, le respect de soi-même moins exalté, si l'esprit des prêtres était par^ tagé entre le sacerdoce et des affections de famille, entre les intérêts de l'Église et les intérêts domestiques. Mais le motif déterminant fiit que les prêtres qui s'étaient mariés depuis quelques années étaient par cela même des partisans de Calvin, des hérétiques, des ennemis; qu'autoriser leur mariage serait leur accorder une victoire dont ils ne pourraient manquer de se prévaloir. Ajoutons que le cardinal de Lorraine et ses adhérents avaient les yeux fixés sur son confrère le cardinal de Chfttillon, prêtre marié, et considéraient qu'une iqpprobation de son mariage, quand il était possible d'en faire un scandale, présenterait ce contresens de donner de la force à un adversaire redoutable, dans la circonstance la plus favorable qui pût se présenter pour l'abaisser. Le bruit de la décision s'étant répandu en France , la cour, sans attendre la clôture du concile , fit un édit en interprétation de celui d'Amboise.

« Ce nouveau règlement tombait principale* ment sur les personnes du clergé qui s'étaient laissé entraîner à la nouvelle religion, et célébraient le nouveau rit dans leurs propres églises (i). Le roi déclare que dans les lieux appartenant à l'Église il ne pourra point être établi de prêches; on met quelques restrictions aux lieux ac(^ordés pour les assemblées, surtout aux environs de Paris, et au mode d'exercice ; enfin, et ce fut l'article le plus dur, la loi enjoignit aux religieux et religieuses qui avaient renoncé à leurs vœux de rentrer dans leurs couvents, et aux prêtres qui s'étaient mariés de rompre leur mariage ou de sortir du royaume.

Les calvinistes se récrièrent; ils inondèrent le royaume d'apologies, de complaintes, de remontrances qu'ils adressèrent au roi, à la reine, aux seigneurs de leur parti , surtout au prince de Condé , qui , ayant signé le traité d' Amboise, était appelé à en garantir l'exécution.

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