‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 129 sur 478 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Jalousie du roi après la bataille de Moncontour; il prend le commandement; se trouve en mauvaise situation ; fait la paix : c*est la troisième paix.

La victoire de Moncontour réveille la jalousie du roi contre le duc d'Anjou; le monarque part pour Tarmée, prend le commandement ,

DES GUERRES DE COUR

assemble un conseil. Tavannes veut qu^on poursuive les vainqueurs sans relâche; mais la jalousie qui excitait le roi tourmentait bien d*autres. Les Montmorencys^ négligés par la cour^ se laissaient volontiers aller à leur penchant naturel pour Ck)ligny^ leur parent. Le maréchal de Cossé, le duc de Montpensier, les Guises^ le cardinal même, ne se souciaient point de contribuer à la fin d'une guerre dont la gloire devait revenir à un enfant guidé par des capitaines nouveaux, dont ils ne seraient que les seconds^ tant il était vrai qu'ils étaient faiblement passionnés contre Fhérésie, et peu jaloux de Textirperl

Tavannes se retire^ les créatures de la reine sont écartées. Le roi partage le commandement entre le duc de Montpensier et les autres généraux , y compris le duc d'Anjou^ sans préférence ni distinction. U mortifia ahisi ce jeune prince et sa mère^ dont la puissance^ comme on voit; n'allait pas même jusqu'à terminer un ouvrage commencé si utilement pour l'auto» rite royale. Sa situation était une véritable disgràce^ mot nouveau alors, comme le remarque Henri Estienne^ mot qui ne pouvait être inventé que dans une cour où la défaveur était une peine infligée aux actes hors de Patteinte des pemes légales.

Le roi se mit à attaquer les places occupées par les religionnaires; six des plus fortes se rendirent presque sans défense; mais Saint- Jean-d'Ângély tint deux mois, et ne se rendit qu'à Pextrémité. L'hiver arriva; il fallut mettre les troupes en quartier.

J^ Rochelle restait aux vaincus. L'amiral, à qui l'on avait laissé le temps de refaire en Languedoc sa petite troupe de trois mille chevaux^ si harassée que les paysans même la moles* taient, avait réuni un nombre considérable de gentilsh<Hnmes. LWabilité des jeunes princes^ leur ardeur guerrière gagnaient la noblesse des lieux qu'ils parcouraient. On fit dans le Languedoc et le Dauphhié de fortes recrues dMnfanterie; on rappela Montgommery (1) et sa troupe victorieuse^ qui était en Béam. L'armée se refit autour de Montauban^ dans des quartiers où régnait l'abondance ^ il ne manquait à cette armée que de l'argent et des munitions.

(I) Anqucliljliv. I,p.318.

La Rochelle en fournit; le dixième des prises que faisaient les armateurs était pour Farmée.

Au conmiencement du printemps de 1570, elle descend du haut Languedoc^ se répand dans les plaines de Toulouse, brûle les maisons des magistrats du parlement, qui avaient toujours été si âpres à faire brûler les luthériens et les calvinistes; ils avancent vers la Loire, marchant droit vers Paris ; pénètrent dans la Bourgogne, s^avancent vers l'Orléanais et l'Ile de France par le pays situé entre PYonne et la Loire. Les troupes allemandes firent plus de huit cents lieues en six mois.

Après la victoire de Moncontour, le pape, les princes d'Italie^ le roi d'Espagne avaient redemandé leurs soldats, comme désormais superflus en France; les Allemands s'étaient retirés sans solde (i). Le roi n'avait pour sa défense que quatre à cmq mille Suisses et quelques compagnies formées par des gentilshommes volontaires, et pas un sou pour les payer.

Sa situation était déplorable; l'éloignement de sa mère lui était funeste, parce qu'il n'était pas en état d'agir lui-même ; et pourtant il répugnait à des succès dont il lui aurait eu VçbMgation. Il voulut la paix à tout prix. La situation des princes, ou, si l'on veut, de Jeanne d'Albret, était bonne, mais précaire, parce que la nation, tout échauffée qu'on la supposait pour ou contre le calvinisme, était opposée aux deux partis qui se faisaient la guerre. 11 fallut donc faire la paix : elle se conclut à Saint -Germain en Laye, où était le roi, le 2 août 1570.

Les confédérés obtinrent une amnistie générale, le libre exercice de la religion prétendue réformée, excepté à la cour, la restitution des biens confisqués» la faculté de parvenir à toutes les charges de l'État, celle de récuser pour leurs afiÎEdres six juges catholiques dans les parlements. Enfin on leur accorda quatre villes de sûreté : la Rochelle, Montauban, Cognac, la Charité; sous la condition que les princes de Béam et de Ck)ndé, et vingt des principaux de leur parti, feraient le serment de les rendre dans deux ans.

(I) Anqaelil,liv. I,p. 322.

ÉBAUCHE HISTORIQUE

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