SCÈNE VIII
LBs MÂiiis, LE DAUPHIN.
LA iBiNS. — Eh bien , mon fils, vous êtes malade?
LB DAUPHIN. — Madame, je ne sais qui a pu vous dire...?
{*) L*ordre du Porc-Épic fut institué par Louis d*Orléans, père de celui-ci. Louis XII en portait la décoration ; au-dessous du porc-épic étaient écrits ces mots : Comknus et emUnus, de près et de loin. Cette devise faisait aUusion aux dispositions du fondateur à l'égard du duc de Bourgogne , son ennemi , et par les ordres de qui il fut assassiné en 1407. Quelque temps avant sa mort, il avait pris pour devise un bâton hérissé de nœuds, avec ces mots : Je l'envie. Le duc de Bourgogne y répondit par la devise d*un rabot, au-dessus duquel on lisait : Je le tiens. C'est ainsi que ces deux princes correspondaient ensemble.
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LK MARGUILLIER DE SAINT-EUSTACHE
LA BKiPiK. — Personne; c'est mon cœur qui m'a seul avertie.
LE DAiipHiff. — On vous a donné de Tinquiétude bien mal à propos.
LA AEiNB. — Je l'ai prise de moi-même.
LB DAUPHIN. —Madame, je suis confus...
LA BRi.xE. — Duc d'Orléans, vous connaissez-vous à la flè\Te?
LE DAUPHIN. — Madame, je n'ai pas la fièvre.
LA BRiNE. — Souffrez... pour ma tranquillité...
LE DUC n'otiLikns se présente pour tàterle pouls. — Si monseigneur permettait?
LE ïikïivmvi.parunmouvement d'impatience, fait résonner son armure. — Non^ monsieur ; je n'ai pas de confiance, moi, en votre savoir.
LE DUC d'oblbans, bas à la reine, — Votre fils est tout armé dans son lit.
LA BRINE. — Mon fils, votrc agitation m'inquiète; vos mouvements ont quelque chose de si brusque... Qu'on cherche mon médecin en diligence ; qu^il vienne voir mon fils. (Minuit sonne)
LE DAUPHIN, sortant de son lit tout armé, — Minuit ! je n'ai plus rien à dissimuler. Je vais être délivré. Eh bien, duc, et vous, comte, et vous, madame, que voulez vous?
LA BKiNE. — Quoi ! mon fils tout armé ! (Riant.) Digne chevalier, qui ne quitte pas son armure, même pour dormir ! [Les princes sourient^ Boisbourdon éclate.)
LE DAUPHIN, irrité, regardant fixement Boisbourdon. — Quoi ! madame , est-ce pour m'insulter que votre cour vient à cette heure au LomTe? Est-ce par l'outrage qu'elle prétend varier les passe - temps du quai Saint- Paul? Qu'ils s'en tiennent à leurs amusements ordinaires; qu'ils se contentent d'insulter aux mœurs, à l'opinion, à la misère publique qui est leur ouvrage : leur licence avec moi est de trop, je les en avertis.
LE DUC D^OBLBANs. — Mouseigncur ne rend pas justice à nos sentiments.
LE DUC DE BOURBON. — Si mouscigneur pouvait douter...
LE COMTE d'aBMAGNAC — PrinCC, VOUS cou-
fondez, dans un avis commun à toute la cour, des personnes qui ne se ressemblent guère. Désunies par leurs principes et leurs habitudes, toutes sont forcées de se joindre pour leur dé-
fense; mais toutes n'ont pas oublié le respect qui est dû à l'héritier du trône.
LA REINE. — Les amusements du quai Saint- Paul ne sont pas plus criminels que ceux du Louvre ; on sait, au quai Saint- Paul, ce qui se passe au Louvre, mieux, ce ine semble, qu'au Louvre on ne sait ce qui se passe au quai Saint-Paul.
LB DAUPHIN, à part, cherchant des yeux. — Minuit sonné, et je ne vois aucun de nos gens ! {Haut,) Je n'entends pas, madame, ce que vous voulez dire.
LA BBiNE. — Cela ne tardera pas à s'éclaircir.