‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 143 sur 478 · LE ROI A MANDELOT · texte numérisé non relu

LE ROI A MANDELOT

i8 aotttl.

Monsieur de Mandelot, je vous faictz ceste leclre par ce courrier que j*envoye expressément vers vous, pour vous pryer ne laisser passer par ma ville de Lyon aucun courrier ny autre, quel qu'il soit, allant en Italye, dans six jours, à compter du datte de ceste présente, sinon en vous faisant apparoir un passeport de moi bien et duement expédié, et signe de Tun de mes secrétaires d'Estat; ce que je vous prye faire bien et duement observer, comme de vous-même; tenant le conmiandement que je vous en faictz si secret, que Ton ne pense que ce soit cbose qui vienne de moy. A qnoy m'asseurant que sçaurez très-bien et exactement tenir la main, je prye Dieu, monsieur de Mandelot, etc.

Escript à Paris, le dix-huitième jour d'aoust 1672.

Signé Chables.

L^éditeur trouve dans ces deux lettres la preuve que, plusieurs jours avant la blessure de l'amiral^ la boucherie de la Saint Barthélémy était irrévocablement fixée au U août^ cestrà-dire que le massacre fut prémédité sept ou huit jours avant Pexécution.

Voici l'argument quMl tire de la lettre de. la reine. Elle est du 13 août, qui était un vendredi. Elle ne pouvait, dit-il, parvenir à Lyon que le lundi il, ou le mardi 18; ainsi^ la défense de laisser passer les courriers venant d'Italie avant le lundi, doit s'étendre jusqu'au lundi 24. Or, le lundi 24 était le jour marqué pour le massacre : quel était donc l'objet de la lettre? C'était, selon l'éditeur, d'éviter qu'un courrier de la cour de Rome ne vînt apporter obstacle au mariage de Marguerite de Valois avec le roi de Navarre, qui devait se célébrer le 18, et de dissiper l'illusion que ce mariage avait pour objet d*entretenir dans les protestants, jusqu'au jour marqué pour leur extermination.

D'abord, Téditeur suppose qu'il fallait cinq jours pour porter une dépêche de Paris à Lyon ; il en fallait au plus deux. La lettre du 13 au

matin pouvait arriver le 15, qui était le dimanche matin ; elle s'appliquait aux courriers qui arriveraient danscette journée et dans celle du lundi 16; et cela suffisait à la reine mère , parce que le mariage de Marguerite avait lieu le mercredi 18: ainsi le courrier qui aurait été arrêté le 15ou le 16, et qui ne se serait remis en marche que le 17, n'aurait pu arriver avant la cérémonie et Tempécher.

C'est donc sans raison que l'éditeur veut étendre au second lundi qui suivra la réception de la lettre, ce qui s'applique littéralement à celui qui la suivra immédiatement. Poursubstituer un sens conjectural au sens grammatical d'une phrase, il faut que le premier soit évident. Est-ce une assertion indubitable de dire que le mariage eut pour objet d'empêcher les protestants dé prévoir le massacre du 24? Elle est plus que douteuse , puisqu'elle porte sur une supposition incroyable, ou du moins qui est en question : c'est celle du massacre.

Quant à l'ordre du roi, en date du 18, qui défend de laisser passer aucun courrier m autre allant en Italie avant le 24, l'éditeur pense que Charles IX, en écrivant cette lettre, «pré- « voyait le cas où quelque victime songerait à dfuir. Son intention, dit -il, est manifeste, a Comme la mort de Coligny, arrêtée poiu* le a 22, devait réveiller toutes les craintes des rea ligionnaires, la plupart devaient, en l'appre* a nant, chercher à se soustraire au même a sort. » L'éditeur a supposé plus haut qu'il fallait quatre ou cinq jours à un courrier du cabinet pour aller de Paris à Lyon; et ici il suppose qu'en deux jotu^ de nombreux fugitifs partant en troupe de Paris le 22, pouvaient être arrivés le 24. Il suppose l'impossible, car des troupes de fugitifs ne vont pas comme des courriers du cabinet. Il est manifeste que le roi, en ne défendant de laisser passer des courriers etdesvoyageursquejusqu'au24,laissaitun libre passage aux fugitifs que le meurtre de l'amiral, danslajournée du 22, avait déterminés à fuir : le 24, les plus diligents et les mieux sei^ vis n'auraient pas été à moitié chemin de Lyon. Le 25, le 26 et les jours suivants, la sortie de France leur eût été ouverte sans difficulté.

Mais l'éditeur fait prévoir la fuite des religionnaires d'après une supposition manifestement inadmissible : c'est que la mort de Coligny ait été arrêtée pour le 22, comme pré-

AVIS

lude du massacre du 24. La blessure de Tamiral est la preuve la plus certaine qu'on puisse donner de l'absence de tout projet pour le^.

Pour qui sait Phistoire de cette époque , la lettre du roi^ écrite le 18 août^ jour du ma-

riage de sa sœur avec le roi de Navarre, a eu pour objet d'empêcher le légat d'écrire au pape les détails de la cérémonie et même des fêtes accessoires, avant que le roi les eût luimême adressés au saint-père tels qu'il voulait qu'ils lui fussent présentés.

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