‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 145 sur 478 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LA REINE MÈRE, LE DUC D'ANJOU

LA REINE. — Nous ne pouvons pas nous le dissimuler: faire tuer Famiral est un crime... qui nous attirera bien des malédictions.

LE DUC d'anjou (*). — Si l'amiral était irréprochable, oui; mais un homme qui veut nous faire reléguer, vous à Florence, moi en Pologne {**); qui persuade au roi que mes amis, leurs conseils, leurs services et les miens, tendent à mon exaltation et à Pabaissement de Sa Majesté (***) ; qui excite sa colère contre moi, au point de lui faire porter la main sur son poignard quand je l'approche (****) !...

LA REINE. — On dira que cela ne concerne que nos deux pei'sonnes.

LE DOC D^ANiou. — ^Vous mc Tavez dit vingt

(*) Le Laboureur dit « que le duc d'Anjou se dér Clara chef du parti formé cooire ramiral ; que la maison de Guise lui promit service ; qull eut la principale part à cette cruelle et sanglante tragédie (de la Saint-Barthélémy), et qu*il ne se répandit tant de sang que pour ses intérests. * Discours sur Henri III , dans les pièces h la suite du Journal de TEstoile.

(**) Voyez, à la suite de la pièce, rextrait des Mémoires de Tavannes, aux paragraphes coté» XVIII

ctxxvni.

(•••) Tavannes, X.

(**•*) Voyez , à la suite de la pièce, la relation de Henri IH pendant qu'il était roi de Pologne, XU.

fois : il se rend maître du roi au point de lui faire oublier ce qu'il doit à sa mère et à son frèi^; bientôt il lui fera oublier ce qu'il se doit à lui-même.

LA BEiHB. — Il est vrai.

LE DUC d'anjou. — £t ccttc guerrc à laquelle il entnUne le roi pour se rendre nécessaire, et qui peut être la ruine de la France ; cette guerre contre le roi d'Espagne, qui a été notre appui constant; cette guerre qui n'a d'autre but que de me dépouiller du commandeinent des troupes pour s'en revêtir, en donnant Papparence du commandement supérieur au roi en personne (*) , est-ce un crime ou un mérite?

la beine. — C'est un crime, sans doute.

(*) De Thou , livre LII ; Mémoires de Tavannes.

Je répéterai encore ici que le projet de cette guerre de Flandre a été le principe du complot formé par le duc d^Anjou contre Coligny et son parti. Coligny Tavait conseillée au roi, et s^était fait écouter en lui faisant remarquer que son frère le duc d'Anjou , à Taide de Tavannes et autres, s'était acquis de la gloire dans l'armée et de la considération en France, tandis que lui ne s'était mis en avant que dans des occasions malencontreuses. L'amiral donnait beaucoup d'autres raisons pour entreprendre cette guerre, et elles étaient au moins spéeienses. Le^éuc d'Anjov et Ta^ vannes combattirent au conseil le projet de cette guerre, et par de bonnes raisons. Le débat s'envenima , et ce fut alors que Coligny, dans un entretien particulier avec le roi, lui conseilla d'envoyer sa mère à Florence et son frère en Pologne : indè ine. De Thou, dans le livre LH de son Histoire', fait connaître la discussion ; et Tavannes dans ses Mémoires en parle avec étendue, 1, H, Hl ot suiv. , jusqu'à XXI.

LA PROSCRIPTION DE LA SAINT-BARTHÉLEMY

LB DUC d'anjou.— Vous craignez de verser le sang d'un homme^ quand il s'agit d'épargner celui de vingt mille Français qui périraient dans la guenfe projetée?

LA BEiNB. —Vous avez raison... Je veux secouer mes inquiétudes... Après tout^ cène sont pas des scrupules;... non^... c'est un accès d'humanité,... une faiblesse... Maurevert est-il bien préparé?

LB DUC d'anjou. — 11 cst établi derrière une croisée grillée en bois à petites losanges ^ et sur laquelle est étendu un rideau de toile (*). Il passera son arquebuse à travers une losange^ à la hauteur nécessaire pour que le coup porte à la poitrine.

LA RBiNB. — Et son armc?

LE DUC d'anjou. — Excellente ! c'est Tar* quebuse d'un de mes gardes, connue pour la plus sûre et la meilleure de celles de la compagnie (**).

LA RBINB. — Le sang me bouillonne dans les veines... Qu'il me tarde d'entendre Farquebuse de Maurevert ! . . . Entre l'ordre du meurtre et le meurtre, quel pénible intervalle d'agitation et de crise ! Nous en espérons, et avec raison sans doute, d'heureux fruits; et cependant une foule de conséquences funestes se présente à mon esprit... Ces jours passés^ hier encore, je voyais tous nos malheurs finis par cette mort nécessaire ; et y depuis que nous touchons au dénoùment, je ne vois que trouble et confusion. Quelle heure est-il ?

LB DUC d'anjou. — Ouzc hcures tout à l'heure.

LA REiNB. — L'amiral ne doit pas tarder à sortir du Louvre pour rentrer chez lui.

LE DUC d'anjou. — Podr y rentrer mort.

LA BBiNB. — Le conseil où il a été appelé a commencé à neuf heures et demie; il a fini à dix heures et demie^ et le roi est allé jouer à la paume avec le duc de Guise et Téligny. Goligny y est entré avec eux (***) . Il n'y restera pas longtemps : il n'est ni joueur ni amateur, et

(•) De Thou , I.

(**) Pierre Mathieu dit : « La porte fut enfoncée ; Tarquebuse fut trouvée, mais non Tarquebusier. » Voyez ce que dit Tavannes sur le propriétaire de Farquebuse, XXXV.

('**) De Thou, I; Tavannes, XXV; Pierre Mathieu, Hi$i(Àft de Charles IX, liv. VI, p. 342.

tous les amusements du roi lui donnent de l'humeur... (*).

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