‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 192 sur 478 · DISCOURS DU ROI HENRI IH · texte numérisé non relu

DISCOURS DU ROI HENRI IH

A UN PKRSONNAGB D*H0If1IBUA ET DB QUALITi ESTANT raàS DB SA MAJESTÉ A CRAGOVIE ; DES CAUSES ET MOTIFS DB LA SAHIT-BAKTHÉLEMT.

(Extrait des Mémoires d*État, par M. de Villeroi , t. fl , p. 36i; Amsterdam, 17^3.)

Tel est le titre de ce discours, imprimé à la suite des Mémoires de Villeroi.

Les éditeurs de ces Mémoires, dans la collection générale des Mémoires de lUistoire de France, croient que le personnage d'honneur et de qualité indiqué par le titre est Souvré, l'ami particulier du roi, qui l'avait accompagné à Cracovie.

Pierre BAathieu, dans son histoire, rapporte le même discours, comme tenu à Miron, médecin du roi.

Un préambule assez long raconte les circonstances du départ de Henri pour la Pologne, par la volonté de Charles IX, son frère, et son chagrin de quitter la France.

Il s*achemina par la Lorraine, et traversa TAllemagne, fut grandement festoyé avec toute sorte d^allégresse et de bonne chère de plusieurs seigneurs, princes, républiques et communautés.

« Si est-ce que, parmi le contentement de tant d'honneurs et de respects qu'il y reçut, il eut ce déplaisir, faisant son entrée en quelques villes des Pays- Bas où il y avoit des François fugitifs et réfugiés, d'entendre parmi les rues où le peuple estoit assemblé pour le voir passer, des voix s'ellever contre lui pleines d'injures et de reproches s'adressant indignement à ktipar hommes, femmes et arfants. Français et Allemands, tant en notre langue qu'en allemand et en latin,.., procédans de la seule occ^ion et en haine de la Sainct-Barthélemy.

« Et davantage en des banquets et festins faicts à S. M... se disoient des brocards piquans, et des rencontres et allusions qu'aucuns faisoient venir à propos, gui l'qffensoient grandement.

« Et encore des grands tableaux mis exprès aux salles et chambres où il devoU loger, dans lesquels les exécutions de la Sainct-Barthélemy faites à Paris et

autres lieux estoient peints au vif, et les Ggures repré* sentées après le naturel , où aucuns des exécutés et des exécuteurs estoient si bien dépeints, qu'on les remarquoit naïvement... »

L'auteur de la relation laisse au jugement commun à décider si le souvenir de ces disgrâces récentes, et si souvent répétées durant le voyage du roi, ne fut point cause de l'agitation qui s'empara de lui durant la nuit, deux jours après son arrivée à Cracovie, et ne lui permit pas de reposer une seule minutie de temps. Le fait est « qu'environ sur les trois heures après minuit, il envoya quérir, par un valet de chambre, le personnage que je ne puis nommer, dit l'auteur, quk^ pour le rang qu'il tenoitprès de sa personne (i) , estait logé dans le château près de la chambre du roy....^ pour lui faire entendre au vray l'occasion de l'exécution de la Sainct-Barthélemy, faite le 24 d'août

« Commença , le voyant entrer dans sa chambre , à lui dire, Tappellant par son nom : « Monsieur tel, etc. . . , je vous fais venir ici pour vous faire part de mes inquiétudes et agitations de cette nuict qui ont troublé mon repos en pensant à l'exécution de la Sainct-Barthélemy, dont possible n avez-vous pas sceu la vérité telle que présentement je vous la veux dire.

I. • La royne ma mère et moi desja par trois ou quatre fois nous estions ai>perceus que quand l'admirai de Chastillon avoit en particulier entretenu le roy mon frère (ce qui advenoit souvent) , eux deux seuls, en de bien longues conférences, si lors, et par cas d'aventure, après le départ de l'admirai, la royne ma mère ou moy abordions le roy pour lui parier de quelques affaires, voire mesme de celles qui ne regardoient que son plaisir, nous le trouvions merveilleusement fougueux et renfrogne, avec un visage et des contenances rudes, et encores davantage ses réponses, qui n'estoient point vrayement celles qu'il avoit accoutumé de faire à la royne ma mère précédemment, accompagnées d'honneurs et de respects qu'il luy portoit, et à moy de faveur et signes de bienveillance.

II. « Cela nous estant ainsi arrivé plusieurs fois, et encores en mon particulier bien peu de temps avant la Sainct-Barthélemy , partant exprès de mon logis pour aller voir le roy, comme je fus entré dans sa chambre et demandé où il estoit, et que quelqu'un m'eut respondu qu'il estoit dans son cabinet, d'où tout présentement l'admirai venoit de sortir, qui y avoit esté seul fort long-temps, j'y entrai incontinent, comme j'avois accoutumé.

(i) Ces mots indiquent Sonvré plutôt que Miron. Je n'ai pas reucoutré le titre sous lequel Souvré était près du roi ; mais c'était ou premier gentilhomme de la chambre, ou i*apitaioe des gardes. A son retour en France , Henri le fit grand maître de sa garde*robe , ctaul à Turiu , et l'euvoya sous ce titre à Catherine sa mère, qui était à Lyon.

iio

ÉCRITS JUSTIFICATIFS

« Mais si tosi que le roy mon frère m'eust apperceu, saus me rien dire il commença à se promener furieusement et à grands pas, me regardant souvent de travers el de fort mauvais œil, mettant parfois la main sur sa dague, et d'une façon si animeuse que je n'attendois autre chose sinon qu'il me vinst me colleter pour me poignarder ; et ainsi je demeurois tousjours en cervelle. Et comme il continuoit cette façon de marcher et ces contenances si estranges , je fus fort marry d'estre entré, pensant au danger où j*estois, mais encores plus à m'en oster; ce que je lis si dextrement qu'en se promenant ainsi et me tournant le dos, je me retiray promptement vers la porte, que j'ouvris; et, avec une révérence plus courte que celle de l'entrée, je lis ma sortie, qui ne fut quasi point apperceue de luy que je ne fusse dehors, tant j'en sceuz prendre le temps à propos ; et ne la peus faire pourtant si soudaine qu'il ne me jettast encores deux ou trois fascheuses œillades, sans me dire ny faire autre chose, uy moy à luy, que tirer doucement la porte après moy, faisant mon compte (comme on dit) de l'avoir belle eschappée.

III. « Et de ce pas m'en allay trouver la royne ma mère, à laquelle faisant tout ce discours, et coujoignant ensemble tous les rapports, advis et suspicions, le temps et toutes les circonstances passées avec cette dernière rencontre, nous demeurasmes l'un et l'autre aisément persuadez et comme certains que l'admirai estoit celui qui avoit imprimé au roy quelque mauvaise et sinistre opinion de nous, et résolusme^ dès lors de nous en desfaire, el d'en chercher les moyens avec madame de Nemours , à qui seule nous estimasmes qu'on se pouvoit descouvrir, pour la haine mortelle que nous sçavions qu'elle luy portoit.

IV. « Et l'ayant fait appeler et conféré avec elle des moyens et de l'ordre que nous devions tenir pour exécuter ce dessein, nous envoyasmes incontinent quérir un capitaine gascon ;... à l'instant mesme nous vismes bien qu'il ne se falloit pas servir de luy ; qui fut cause que par manière de jeu nous luy fismes montrer le moyen qu'il tiendroit pour attaquer c«luy que nous désirions; et l'ayant bien considéré et tous ses mouvemens, sa parole et ses contenances, qui nous avoient fait rire et donné du passe-temps, nous le jugeasmes trop écervelé et éventé (quoiqu'assez courageux et hazardeux pour l'entreprendre) , mais non pas sage et prudent pour l'exécuter. De façon que l'ayant remis à une autre fois pour lui dire le reste, nous Tenvoyasmes.

V. « Nous avisasmes aussitôt de nous servir de Montravel comme d'un instrument plus propre, et déjà pratiqué et expérimenté à l'assassinat que peu devant il avoit commis en la personne de feu Moùy . Mais afin de ne perdre temps, l'ayant incontinent mandé, et découvert notre entreprise, pour l'y amener davantage nous lui dismesque pour son salut même il ne la devoit refuser, et que nous savions bien que s'il tomboit entre les mains de Tadmiral, qu'il lui feroit mauvais parti pour le meurtre de son plus favori

ami Moùy , et qu'il ne pouvoit ignorer qu'il n'en devoit jamais attendre qu'un mauvais traitement. Enfin, après avoir long-temps débattu là-dessus, et qu'il nous eut promis d'exécuter l'entreprise, et que nous eusme$ discouru des moyens et de la facilité d'y parvenir, nous n'y en trouvasmes point de plus favorable que celui de madame de Nemours, qui avoit Vilaine, l'un des siens, logé bien à propos pour cet effect, donnant ordre à tout ce qui lui estoit nécessaire; et , assuré qu'il fut d'une bonne récompense, et de l'appui et support qu'il devoit espérer de nous, el enoore conforté de tout ce que nous pensions servir à l'encourager et forti lier davantage à l'entreprendre asseurément, nous le laissasmes (comme l'on dict) aller sur sa foy tirer le coup d'arquebuse par la fenestre.

VI. « Il ne se montra si bon ni si asseuré arquebusier que nous pensions, ayant seulement blecé l'admirai aux deux bras.

VII. • Ce beau coup failli et de si près, nous fit penser à nos affaires jusques à l'aprèfrdisnée.

VIII. u Alors le roy mon frère le voulant aller voir à son logis , la royne ma mère et moi délibérasmes d'estre de la partie, pour l'accompagner el voir aussi la contenance de l'admirai.

IX. n Et estant là arrivez, nous le vismes dans son lit, fort blecé ; et comme le roy et nous lui eusmes donné bonne espérance de guérison, exhorté de prendre bon courage, l'ayant aussi asseuré que nous lui ferions faire bonne justice de celui ou ceux qui l'avoient ainsi blecé et de tous les auteurs et complices, et qu'il nous eut répondu quelque chose, il demanda au roy de parler à lui en secret.

X. « Ce qu'il lui accorda très-volontiers, faisant signe à la royne ma mère et à moi de nous retirer, ce que nous fismes incontinent au milieu de la chambre, où nous demeurasmes debout pendant ce colloque privé, qui nous donna un grand soupçon ; mais encore plus que, sans y penser, nous nous vismes tous entourés de plus de deux cents gentilshommes et capitaines du parti de l'admirai, qui estoientdans la chambre et dans une autre auprès, et encore dans une salle basse, lesquels avec des faces tristes, des gestes et conlenanci's de gens mal-contens, parlementoienl aux oreilles les uns des autres, passans et repassans souvent et devant et derrière nous, et non avec tant d'honneur et de respect qu'ils dévoient, comme il nous sembla pour lors ; et quasi ils avoient quelque soupçon que nous avions part a la blessure de l'admirai ; quoique c'en fust, nous le jugeasmes de la façon , considérans possible toutes leurs actions plus exactement qu'il n'estoit besoin. Nous fusmes donc surpris d'estonnement et de crainte de nous voir là enfermez , comme depuis me l'a avoué plusieurs fois la royne ma mère, et qu'elle n'estoit onc entrée en lieu où il y eust tant d'occasion de peur, et d'où elle fust sortie avec plus d'ayse et de plaisir.

XI. a Ce doute nous fit rompre promptement ce discours que l'admirai faisoit au roy, sous une honneste couverture que la royne ma mère inventa, la-

DE LA PROSCRIPTION DE LA SAlNT-BARTHÉLEMY.

quelle s*approchant du roy, lui dict tout haut qu'il D*y avoii point d'apparence de faire ainsi parler si longtemps M. Tadmiral, et qu'elle voyoit bien que les médecins et chirurgiens le tronvoient mauvais, comme véritablement cela estoit bien dangereux et suffisant de lui donner la lièvre, dont sur toute chose il se falloit garder, priant le roy de remettre le reste de leurs discours à une autre fois, quand M. l'admirai se porteroit mieux.

XII. « Gela fascha fort le roy, qui vouloit bien ouïr le reste de ce qu'avoit à lui dire l'admirai. Toutes ibisy ne pouvant résister à une si apparente raison , nous le tirasmes hors du logis.

XIII. • Et incontinent la roy ne ma mère, qui désiroit surtout savoir le discours .secret que l'admirai lui avoit communiqué, duquel il n'avoit voulu que nous fussions participans, pria le roy, et moi aussi , de nous le dire , ce qu'il refusa par plusieurs fois. Mais se sentant importuné et par trop pressé de nous, conmie il sembloit, et plus par manière d'acquit qu'autrement , nous dict brusquement et avec despUiaiTy jurant par la mort-Dieu, « que ce que lui disoit radflùfftl estoit vray , et que les roys ne se reoognoissoient en France qu'autant qu'ils avoient de puiasanoe de bien ou mal faire à leurs subjets et serviteurs, et que cette puissance et maniement d'affaires de tout r^tat s'estoit finement escoulé entre vos mains; mais que cette super-intendance et autorité me pouvoitestre quelque jour grandement préjudiciable et à tout mon royaume, et que je la de vois tenir poar suspecte et y prendre garde, dont il m'a voit bien vouJu advertir, comme l'un de mes meilleurs et plus fidèles subjets et serviteurs, avant que mourir : eh bien, mort-Dieu ! puisque vous l'avez voulu sçavoir, c*esl ce que me disoit l'admirai.

XIY. ■ Cela ainsi dict de passion et de fureur, dont le discours nous toucha grandement au cœur, que Doos dissimulasmes le mieux qu'il nous fut possible, nous excusant toutes fois l'un et l'autre, amenant beaucoup de justifications à ce propos, ajoutant tout ce que nous pouvions de nos raisons pour le desmouvoir et le dissuader de ceste opinion, continuant toujours œ discours depuis le logis de l'admirai jusques au Louvre.

XV. « Où ayant laissé le roy dans sa chambre, nou,} nous retirasmes en celle de la royne ma mère , picquée et offensée au possible de ce langage de Tadmiral au roy, et encores plus de la créance qu'il sembloit en avoir, craignant que cela n'apportast quelque altératioo et changement en nos affaires et au maniement de l'Estat. Et pour n'en rien desguiser , nous demeurasmes si despourvus et de conseil et d'entendement, que, ne pou vans rien résoudre à propos pour cette heore-là, nous nous retirasmes, remettans la partie au lendemain que j'allai trouver la royne ma mère , qui estoit déjà levée.

XVL « J'eus bien martel en teste , et elle aussi de son coeté ; et ne fut pour lors pris autre délibération que de faire, par quelque moyen que ce fust, despes-

ctêer Vadmiralf et ne se pouvant plus user de ruses et de finesses, il/alloU que cefuêt par voye deécouverte; mais qu'il falloil, pour ce faire, amener le roy à cette résolution, et que l'après-disnée nous Tirions trouver dans son cabinet, où nous ferions venir le sieur de Nevers , les maréchaulx de Tavannes et de Retz , et le chancelier de Biragues, pour avoir seulement leurs avis des moyens que nous tiendrions à l'exécution , laquelle nous avions déjà arrestée ma mère et moi.

XVII. « Si tost que nous fusmes entrez au cabinet où le roy mon frère estoit, elle commença à lui remonstrer que le party des huguenots s'armoit contre lui a l'occasion do la blessure de l'admirai , qui avoit fait plusieurs despesches en Allemagne pour faire um levée de dix mille reistres, et aux cantons des Suisse» avec une autre levée de dix miUe hommes de pied, et que les capitaines françois partisans des huguenots estoient desja la pluspart semblablement partis pour faire levées dans le royaume, et les rendez-vous du temps et du lieu desja aussi donnez et arrestez : qu'une si puissante armée une fois joincte aux forces françoises (chose qui n'esloit que trop faisable), ses forces n'estoient pas baslantes à moitié près d'y pouvoir résister, veu les practiques et intelligences qu'ils avoient dedans et dehors le royaume, avec beaucoup de villes, communautés et peuples (dont elle avoit de bons et certains avin) qui dévoient faire révolte avec eux sous prétexte du bien public, et que lui estant foible d'argent et d'hommes, elle ne voyoit lieu de seureté pour lui en France.

XVllI. « Et si il y avoit , bien davantage, une nouvelle conséquence, dont elle le vouloit advertir : c'est que tous les catholiques ennuyez d'une si longue guerre , et vexez de tant de sortes de calamitez , estoient délibérez et résolus d'y mettre une fin. Et où il ne voudroit user de leur conseil, il estoit aussi arresté entre eux d'élire un capitaine général pour prendre leur protection, et faire ligue offensive et défensive contre les huguenots, et ainsi demeureroit seul enveloppé en de grands dangers, sans puissance ni autorité. Qu on verroit toute la France armée de deux grands partis, sur lesquels il n'avoit aucun commandement, et aussi peu d'obéissance; mais qu'à un si grand danger et péril éminent de lui et de tout son Estât, et à tant de ruines et calamitez qui se pré* paroient, où nous touchions desja du doigt, et an meurtre de tant de milliers d'hommes, un seul coup d'épée pouvoit remédier et détourner tous les malheurs, et qu'il falloit seulement tuer l'admirai , chef et auteur de toutes guerres civiles. Que les desseins et entreprises des huguenots mourroient avec lui, et les catholiques, satisfaits et contens du sacrifice de deux ou trois hommes, demeureroient toujours en son obéissance.

XIX. « Cela ainsi dict, et beaucoup d'autres inconvéniens qui lui furent présentez, lesquels il ne pouvoit éviter s'il n'usoit de ce conseil , y amenant en- I core les persuasions plus h propos, et d'autres raisons

ÉCRITS JUSTIFICATIFS, ETC

quo la royue ma mère y ajouta et moy aussi, et les autres n'oublians rien qui n'y pusl servir. Tellement que le roy entra en une extresme colère et conune en fureur, mais ne voulant au commencement aucunement consentir qu'on toucbast Tadmiral.

XX. • Enfln, ainsi picqué et grandement touché de la crainte du danger que nous lui avions si bien peint et Ugurc, esmu aussi de la considération de tant de practiques et mené<ïs dressées contre lui et son Estât, comme il crut par l'impression que nous lui en avions donnée, il voulut bien néanmoins, sur une affaire de telle importance, sçavoir si par un autre moyen l'on n'y pourroit remédier, et en avoir sur ce notre conseil et avis , et que chacun en dist présentement son opinion. Or ceux qui opinèrent les premiers furent tous d'avis qu'il en falloit ainsi user, que nous l'avions proposé pour le plus expédient. Mais quand ce fut au rang du mareschal de Retz à parler, il trompa bien notre espérance, et n'attendions point de luy une opinion toute contraire à la nostre, commençant ainsi : Que s'il y avoit homme dans le royaume qui dust hair l'admirai et son party , c'estoit lui ; qu'il avoit diffamé toute sa race par sales impressions qui avoient couru par toute la France et aux nations voisines; mais qu'il ne vouloit pas aux dépens de son roy et de son maistre se venger de ses ennemis particuliers, par un conseil à lui si dommageable et à tout son royaume, voire qui regardoit la postérité, au grand deshonneur des roys et de la nation françoise, qui seroit déchue de son ancienne splendeur et réputation. Que nons serions et à bon droit taxez de perfidie et de desloyauté, et que par ce seul acte nous perdrions toute la créance et confiance qu'on doit avoir en la foy publique et à celle de son roy, et par conséquent le moyen de traiter cy-après de la pacification de ce royaume, avenant qu'il tombast encores aux guerres civiles, comme infailliblement il y seroit bientost; et que par une si sinistre action nous le pensions libérer des armes étrangères , nous nous trompions bien fort, et n'y en eut jamais tant, ni tant de calamitez et ruines, desquelles nous, ni peut-estre nos enfans, ne verroient jamais le bout. Et pour le vous faire plus court, il nous paya de tant d'autres et si apparentes raisons, qu'il nous partit à tous la cervelle, nous ostà les paroles et répliques de la bouche , voire la volonté de l'exécution , tant il nons sceut bien persuader.

XXI. • Biais n'estant secondé d'aucun, et après avoir ramassé et repris nos esprits, revenans à nousmesmes, et reprenans tous la parole, en combattant tous fort et ferme son opinion, nous l'emportasmes , et reconnusmes à l'instant une soudaine mutation et une merveilleuse et estrange métamorphose au roy, qui se rangea de notre costé et embraça notre opinion,

passant bien plus oultre et plus criminellement; car s'il avoit été auparavant difficile à persuader, ce fut lors à nous à le retenir. Car en se levant et prenant la parole, nous imposant silence, nous dictde foreur et de colère, en jurant par la mort-Dieu ! puisque nouM trouvions bon qu*on tuast l'adnUralf qu*U le vouMl, mais aussi tous les huguenots de France, afin qu'il n'en demeurast pas un qui lui pust reprocher après , et qtie notts y donnassions ordre promplement,

XXII. • Et sortant furieusement, nous laissa dans son cabinet, où nous avisâmes le reste du jour, le soir et une bonne partie de la nuict, oe qui nous sembla à propos pour l'exécution d'une telle entreprise.

XXIII. « Nous nous assurasmes du prevost des marchands, des capitaines du quartier, et autres personnes que nous pensions les plus factieux , faisant un département des quartiers de la ville, désignans les uns pour exécuter particulièrement sur aucuns, comme fut M. de Guise pour tuer l'admirai.

XXIV. « Or, après avoir reposé seulement deax heures la nuict, ainsi que le jour commençoit à poindre, le roy, la royne ma mère et moy, allasmes au portail du Louvre , joignant le jeu de paulme, en une chambre qui regarde sur la place de la basse-cour, pour voir le commencement de l'exécution, où nous ne fusmes pas long-temps.

XXV. • Ainsi que nous considérions les événemens et la conséquence d'une si grande entreprise, à laquelle, pour dire vray, nous n'avions jusques alors guère bien pensé, nous entcndismes à l'instatat tirer un coup de pistolet, et ne sçaurois dire en quel endroit, ni s'il offença quelqu'un : bien sçai-jequc le son nous blessa tous trois si avant en l'esprit , qn'il offença nos sens et notre jugement, pris de terreur et d'appréhension des grands désordres qui s'alloient lors commettre; et pour y obvier envoyasmes soudainement et en toute diligence un gentilhomme vers M. de Guyse, pour lui dire et expressément commander de notre part qu'il se retirast en son logis, et qu'il se gardast bien de rien entreprendre sur l'admirai ; ce seul commandement faisant cesser tout le reste, paroequ'il avoit été arresté qu'en aucun lieu de la ville il ne s'entreprend roit rien qu'au préalable l'admirai n'eust été tué. Mais tost après le gentilhomme retournant nous dict que M. de Guyse lui avoit r^ pondu que le commandement estoit venu trop tard , que l'admirai estoit mort, et qu'on commençoit à exécuter par tout le reste de la ville ; ainsi retournasmes à notre première délibération , et peu après laissasmes suivre le fil et le cours de l'exécution. Voilà, monsieur tel..., la vraye histoire de la Sainci- Barthélémy, qui m'a troublé cette nuit l'entendement. »

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