‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 223 sur 478 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LA REINE MÈRE, LE DUC DE NEVERS

LA BEINB MÈBE. — Eh biou, M. de Nevers, où en sommes-nous des négociations dont le roi nous a chargés?

(*) Louise de Vaudemont.

LE DUC DE NEVBB8. — Madame, j'ai à peu près réussi dans celles qui me sont échues.

LA^BBiNE iiBBE. — Quo je VOUS disc d'abord ce que j'ai arrangé arec d'Espinac; car il faut commencer par le clergé.

LE DUC DE NETEBS. — IVEspinac?... (Ha tair de ne pan le connaître.)

LA BEiNE MÈBE. -^ Ou voit bieu quc vous arrivez de Rome (*) : vous ne savez pas que d'Espinac est Parchevéque de Lyon, président du clergé... Quand je lui ai dit, ainsi que le roi l'avait prescrit, qu'il fallait, dans sa réponse au discours du trône, exprimer le vœu que Sa Majesté ne permette qu'une seule religion en France, il m'a d'abord allégué l'édit de pacification, qui permet le culte public des réformés \**). J'ai écarté ces lieux communs de la foi jurée, du besoin de la paix : « Qu'est-ce, lui ai-je dit, que la foi jurée par le roi contre le vœu de ses sujets catholiques, et qu'est-ce qu'une paix plâtrée qui empêche une bonne et solide paix?» Il a insisté, et m'a dit: «Madame^ le vœu du clergé est sans doute de voir régner aans partage en France le culte catholique; mais il n'est pas de voir les réformés persécutés de nouveau. » J'ai répondu : « Il suffit que vous exprimiez en général le vœu du clergé de France, sans en marquer les limites. x> L'archevêque m'a répliqué que, malgré le désir naturel au clergé de voir Tunitéde culte, il ne lui semble pas opportun de manifester ce dé-

(*) Journal de Nevers, 2 décembre 1676.

(**) Ce que dit ici la reine mère est extrait littéralement de son discours dans le conseil du 2S février 1577, où elle rend compte de sa négociation avec l'archevêque de Lyon avant Fouverture des états. Ce discours est rapporté par Nevers, sous la date de ee jour 2 S février.

LE BUDGET DE HENRI lll.

sir, parce que ce serait faire un appel à l'autorité royale contre les calvinistes, et se mettre par là en opposition avec le vœu de la France, qui, comme celui du clergé, tend à la paix. Bref, l'archevêque ne voulait pas mordre à ma proposition (*). A toutes ses raisons j'en ai opposé une victorieuse, le désir du roi et la promesse d*une ou deux abbayes. Je Tai assuré en même temps qu'il trouverait le clergé plus disposé qu'il ne croyait à demander la réunion de tous les Français au culte catholique; que j'étais assurée de Tintention de plusieurs évoques et archevêques, que j'ai en effet gagnés (elle rit) en les assurant de celle de Tarchevêque de Lyon. P*après cela, d'Espinac exprimera le vœu du clergé pour le culte catholique exclusivement.

LE DUC DE NEYBRs. — C'cst mauœuvrcr habilement, comme il appartient à Votre Majesté.

LA BBiNB M ÈBB. — A VOUS, maintenant, mon cousin. Qu'avez- VOUS fait avec la noblesse?

LE DUC DE NEVEBs. — J'ai VU lo barou de Sennecey, qui a la confiance de son ordre, et sera chargé de répondre au discours du roi (**). Il s'est obstiné à ne vouloir me rien promettre qui fût ou pût paraître contraire le moins du monde à la pacification et à l'édit Cependant, comme le roi m'avait dit que c'était M. de Beaufiremont, père de Sennecey, qui entretenait celui-ci dans ses idées en faveur des protestants, j'ai été voir M. de Beaufremont, et même madame de... , dont le roi m'avait aussi parlé. Je les ai trouvés ensemble. J'ai pressé vivement Beaufi^mont : il m'a répondu, avec une humeur mal dissimulée, que son fils parierait sans doute suivant sa conscience et son honneur.

LÀ BEI NE MÈBE. — Oh! oh ! Vhumcur ei ï honneur en jeu ! Mon cousin, aux grands maux les grands remèdes. (EUe rit.)

LE DUC DE NEVEBs. — Alors j'ai fait entendre à M. de Beaufiremont que le roi pourrait avoir aussi de l'humeur, et je lui ai rappelé que sa charge de grand prévôt de l'hôtel n'était point inamovible : le roi m'avait autorisé à cette menace. Beaufremont a fait aussitôt ap-

(*) Journal de Nevere. Propres paroles de la reine mère.

(**) Voyez la note ^, à la suite du premier acte.

peler son fils. Le baron de Sennecey est venu ; je lui ai fait de nouvelles observations que son père n'a point contestées; mais c'a été inutilement. Alors M. de Beaufremont lui a dit : t Mon fils, vous pouvez éviter de mécontenter le roi sans vous manquer à vous-même : renoncez à l'honneur que vous a fait ta noblesse en vous chargeant de répondre à la harangue du roi. » Le baron de Sennecey a souscrit à cette proposition , et l'orateur de la noblesse sera cette fois Rochefort, qui parlera dans le sens du roi, au nom de toute la noblesse de France. Je m'étais assuré de Rochefort avant d'aller chez Sennecey.

LA. BEiNE MÈBE. — A mervciUe, mon cher cousin ! Le roi de son côté a pratiqué plusieurs gentilshommes, qui iront bien [*), Et le tiers état?

LE DUC DE ifEVBBs. — Oh! Ic tiers état... c'est au delà des souhaits. Nous avons là un avocat Versons, député de la prévôté de Paris, et un M. l'Huillier, prévôt des marchands, député de la ville de Paris, qui sont bien les plus ployante^ échines que je connaisse : ils saluent jusqu'à terre; ils appuieront sur leurs genoux jusqu'au ventre; et la bouche?... ik l'ouvriront jusqu'aux oreilles pour crier à tue-tête que les peuples donneront tripes et boyavXf et jusques à la dernière maille de leurs biens, avec la dernière goutte de leur sang, pour aider le roi à réduire les cultes au seul culte catiiolique (**). Le roi s'est chaîné de quelques autres gens du tiers; mais nous n'avons eu presque rien à faire avec ces gens-là; le duc de Guise les avait amenés, pour son intérêt, au ton et au langage où nous les voulions; et c'est un trait d'habileté dont le roi peut se vanter, d'avoir fait tourner au succès de ses desseins les dispositions du duc de Guise pour servir son ambition.

LA BEINE M ÈBE. — Aiusi, gràcc Bux soius du roi, aux vôtres, aux miens, nous voilà assurés d'avoir, par les orateurs des trois ordres, l'expression firanche et fidèle des sentiments de la France tout entière. (Elle dit ces derniers mots en riant.)

(•) Nevers, 23 décembre 1 576. Voyei la note B, à la fiD du premier acte.

(*•) Historique et littéral.

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