SCÈNE VI
Majesté a nommé, dans le mois de décembre, un ministre des affaires militaires. C'est un magistrat fort instruit des affaires civiles : M. de Cheverni. Il devait faire dans le jour la revue de l'artillerie et en régler l'accoutrement. M. de Villauclerc (secrétaire d'État) n'a pas voulii s'y trouver avec M. de Cheverni, et l'artillerie manque de chevaux. On avait proposé de convoquer l'arrière-ban, pour mettre sur pied des hommes d'armes : le 5 janvier, M. de Cheverni détourna de ce parti, disant qu'il valait mieux demander de l'argent que du service aux gens de l'arrière-ban. Le 1" février, les députés de l'Église offrirent quatre mille hommes de pied et mille chevaux ou hommes d'armes; mais ils eurent la fantaisie de se réserver la nomination des capitaines qui commanderaient les hommes d'armes, et de ne confier qu'à eux l'argent nécessaire pour la solde. Votre Majesté n'agréa point une proposition si bizan*e.
LE BOi. — Avais-je tort, monsieur de Cossé? Ils voulaient me donner, pour commander les compagnies, M. de Guise et l'archevêque de Reims. Un archevêque pour commander des gens d'armes !
LE MABÉCHAL DE cossé. — Lc 7 févricr, je proposai au conseil une milice de noblesse, à peu près comme elle existe dans le Dauphiné. Ma proposition fut écartée, parce que M. de Nevers comptait sur l'affluence volontaire de la noblesse, comme elle avait eu lieu pour les croisades du temps de saint Louis.
Cependant j'avais fait avancer de l'artillerie de Paris à Mcmtargi» à l'effet de la porter de là surGien, point important à garder pour la sûreté de voire personne et des états généraux, et qui n'est qu'à deux journées de Blois : à Montargis, il ne se trouva que cent chevaux, et l'on n'avait point d'argent pour acheter les trois cents autres.
LE Bor, avec humeur. — Eh bien, depuis ce temps-là, qu'a-^-on fait?
LE MABBCHAL DE COSSÉ. — CC tCmpS-là ,
sire, c'était hier, ou plutôt cette nuit.
LE Boi. — Mais encore, depuis hier on a dû faire quelque chose.
LE MABÉCHAL DE C08SB. — Tout dépend des états : on attend d'eux des hommes et de l'argent; ou assez d'argent pour avoir des hommes.
LE Bor. — Il est vrai, il est vrai. Le temps
LE BUDGET DE HENRI 10
perdu peut se regagner : avec de Targent on va vite en besogne^ et nous aUons n'en pas manquer... Qu'on fasse entrer les députés du roi de Navarre... (Se reprenant.) Non, non; qu'on leur dise, au contraire, de remettre leurs dépêches. Eux, je les verrai plus tard. {Un officier sort.) Il est bon que je sache de quoi il s'agit avant de leur parler.