‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 346 sur 478 · M. HOC, ALBINE · texte numérisé non relu

M. HOC, ALBINE

ALBiMB , accourant , et ensuite surprise de se voir avec M. Hoc.

Je m*attendais, monsieur, à voir ici mon père. Il m'a dit de m*y rendre, avec un grand mystère...

(Avec embarras.) Nous irons, mVt-il dit, faire choix d'un écrin Qu*à maman, pouc bouquet, il veut donner demain. C'est sa fête; il lui veut donner une surprise.

(Elle fait quelques pas en arriére pour se retirer.} Mais je pense, monsieur, que je me suis méprise Sur le moment flié pour notre rendez- vous.

M. HOC

(Bas.) Sans doute il va venir. Il est clair que Le Doux L'avait donné pour moi. Voyez la belle ruse 1 Il veut me captiver; mais, certes, il s'abuse.

^ AiBiNB, à part.

Il est embarrassé. Je le suis plus encor; Mais pour le mettre à Taise il faut faire un effort.

{flauty avec hésitation.) Vous m'avez, ce matin, écrit un billet tendre : J'aurais dû, sans le lire, aussitôt vous le rendre. La bienséance ainsi le voulait... Néanmoin...

M. BOC

(A part.) (Haut.)

Finette aura parlé. Ne prenez pas le soin De vous justifier. Oui, ma langue indfscrète S'est fort mal expliquée ici devant Finette.

(A part.) Elle est piquée au vif. Il faut s'en tenir là. Point d'explication.

ALBIHB.

Je n'entends point cela :

De quoi me parlez- vous? Finette, à cette affaire. Est jusqu'à ce moment et doit être étrangère. L'auriez- vous, par hasard, instruite de vos vœux? Aurait-elle surpris de vous quelques aveux?

J'ai tort, je le répète, et jusqu'à l'insolence Je me suis oublié. Mais vous voulez, je pense. Ignorer mes discours. En effet, le mépris , De leur inconvenance est le plus digne prix.

ALBINE

Mais personne, je crois, ici ne vous accuse.

M. HOC

Des reproches eu l'air !... N'y cherchez point d'excuse.

ALBINE

Des reproches, monsieur ! A moi ! de votre part ! A quel sujet? Pourquoi? Comment? Par quel hasard ? J'essayais dé répondre à mes propres scrupules. Voilà tout.

M. HOC

Mes discours ont été ridicules...

(A part.) Allons, on dissimule, et c'est un parti pris.

(Haut.) Mais vous n'en parliez pas, et je me suis mépris... Oui, je le reconnais, oui, j'avais pris le change... Laissons ce que j'ai dit, puisque ça vous arrange.

ALBINE

Je ne veux rien savoir qui paraisse affaiblir Ce que vous m'écrivez.

M. HOC, à part.

Je la voyais venir.

ALBINE

Jusqnes au fond du cœur vous m'en voyez touchée. Dés longtemps, en secret, je vous suis attachée...

(A part.) (Haut.)

Qu'il a Tair inquiet! Soyea bien assuré...

M. HOC

(A part.) (Haut.)

Je le suis. Quel apprêt ? Ah ! je suis pénétré^..

(A part.) Contenir à ce point une juste colère ! C'est être bien docile aux leçons de son père i ALBINE , avec hésitation et modestie.

Vous m'aimez ; je vous aime. Unis l'un avec l'autre. Vous ferez mon bonheur, et je ferai le vôtre. J'y tâcherai du moins.

M. HOC

Des aveux si formels.

Si clairs, si positifs, sont-ils bien naturels?

ALBINE

Peut-être ils le sont trop.

M. HOC

Excusez ma franchise.

Notre intérêt commun l'exige et l'autorise : Je vous chéris, Albine, et dans cet entretien Votre intérêt m'occupe encor plus que le mien. Je vous le dirai donc : tout dans votre langage Me semble être une étude, un rôle, un personnage. Peut-être, dites-vous, est-il trop naturel ! Il le faudrait moins clair, pour me paraître tel. Non, ce n'est point le vôtre. En vous, je le proteste. Il n'est point naturel, puisqu'il n'est point modeste. Avouez-le, entre nous : vous m'avez répété Un discours naturel, que l'on vous a dictét Vos parents...

ALBINE

Non, monsieur... Croyez en ma parole.

M. npc.

Vos discours naturels viennent de leur école. Vos parents...

ALBINE

Mes parents ! je ne leur ai pas dit.

Monsieur» assurément, que vous m'aviez é.*.rit. Je parle d'après moi.

M^ HOQ>

Non, non, ma chère Albine.

De chacun de vos mots je dirais l'origine; Et je sais qui mon cœur en doit remercier.

ALBINE

Ce qu'on estime en vous, je puis l'apprécier : Uucœur honnête et droit...

MONSIEUR HOC, OU LE MÉFIANT

M. HOC

Eh! voilà votre père!

ALKIIII.

Un nom considéré !

■. lOC.

Voilà bien votre mère î

ALBINB.

L'extérieur aimable» et quelque peu d'amour...

M. HOC

Voilà Finette aussi qui parait à son tour... ... Votre père surtout.

ALBIHB.

Je proteste que non.

M. BOC

Votre père est si sage, et si tendre, et si bon i

ÀLBlNB.

Mais de le consulter je n'ai pas eu Tidée.

J'ai consulté mon cœur; mou cœur seul m'a guidée.

M. HOC , à part.

C'est ce qu'il faut savoir.^ Reprenons l'argument.

{Haut.) Ainsi, j^avais raison... c'est bien légèrement Que vous osez répondre à ma vivo tendresse ; Que vous vous engagez à l'amour qui me presse. Voyez quelle imprudence ! est-il d'autre garants

(Avec persuasion,) D'un mariage heureux, que l'aveo des parents? La décence d'ailleurs !... Sans consulter personne,

(Avec amertume.) Au premier mot d'amour Albine s'abandonne l

ALBim.

Ab ! monsieur, arrêtez. Vous me faites trembler... Kh bien l je ne veux plus ¥Ous le dissimuler : Oui, j'avais leur aveu, puisqu'il faut vous le dire ; Maman m'avait permis, monsieur, de vous sourire. Mon père avait réglé que, sans aucun détour. Mon casar vous promettrait un étemel amour. H a fallu m'armer de force et de courage. Pour parler, avec vous, cet étrange langage. 11 m'en a bien coûté... j'en ai beaucoup souffert. ... Cet artifice enfin, vous l'avez découvert : Cela soulage un peu ma honte et ma colère».. Vous voyez qu'il ne faut accuser que mon père ; A lui seul est la faute... et je vous dirai mieux i

(Avec dépit.) C'est qu'il ne m'a donné reodez-vous en ces lieux ( Puisqu'il ne s'y rend pas, la chose est évidente) Que pour me ménager cette scène offensante...

m. HOC Hélas! je vois trop bien ce que je voulais voir. Finette, ainsi que vous, m'avez d'un fol espoir Enivré ce matin. Jeu cruel, jeu barbare ! Moi qui prisais en vous le mérite si rare. Le charme si touchant de la naïveté ; Qui croyais y trouver la parfaite bonté. Et qui m'y confiais avec tant d'assurance, Pouvaisje me douter démon extravagance ? Il est donc éclairei que vous me détestez ; Que mes vœux les plus chers sont par vous rejetés ;

Et que, de vos parents subissant l'influence, Vous ne m'épouseriez que par obéissance ! Eh bien! n'en parlons plus... Je mourrai de douleur ; Mais du moins sans avoir causé votre malheur.

ALBIKE.

Quel plaisir prenez-vous à me mettre au supplice?

M. HOC

Je ne vous en veux pas. Vous me faites justice.

ALBIHB.

Hé quoi ! je serais juste en ne vous aimant point! Vous ne le croyez pas; je le crois enoor moins.

H. HOC

Ne m'avez-voite pas dit que vos douces paroles Étaient pur artifice ?

ALBINB.

Elles vous semblaient folles ; Mes discours en effet étaient exagérés... J'ai dit que par mon père ils étaient mesurés ; Biais le fond était vrai.

M. HOC

Pourquoi donc votft père Vous a-t-il fait parier cette langue étrangère.' Pourquoi s'avise- t-il d'arranger vos discours , D'en indiquer les mots et d'en régler le cours? Croyait-il qu'un aveu délicat, quoique tendre. Vous n'auriez su le faire, et moi pu le comprendre? Le langage du cœur n'a jamais rien d'obscur.

ALBIKE.

Mon père, apparemment, n'en était pas bien sûr.

H. HOC, à part.

De meilleures raisons l'ont décidé sans doute.

ALBIIfE.

Mon père est juste et bon : il parle, et je l'écoute.

M. HOC

Cestce qui me tourmente. Albine, ah ! croyez-moi, Consultez votre cœur pour fixer votre choix. L'aveu de vos parents sans doute est nécessaire ; Mais il ne suffit pas que la sagesse éclaire Sur un choix dangereux. Quelquefois du malheur Elle peut préserver, mais il faut du bonheur. Convenances de mœurs, de rang et de fortune. Elle les jugera sans en oublier une ; Biais l'accord de l'esprit, un autre accord plus doux, Le tendre accord des cœurs, n'a de juge que nous. Pensez-y. Quelquefois, quand on est jeune, on pense Que le temps aide à vaincre un peu de répugnance : Le temps l'accroît toujours.

ALBINE

Je croirais aisément QuMl accroît plua encore un juste attachement.

■. HOC

Malheureusement, non ; et même la constance, S'il en est dans le monde, est un prodige en France.

(Avec une nuance d'humeur.) D'ailleurs j'ai cent défauts, et ne puis me changer; Vainement j'ai, cent fois, voulu les corriger, n n'en est si l^r qui bientôt ne déplaise.

ALBINE

Avec les gens parfaits je suis mal à mon aise.

ACT£ U, SCÈNE XIU.

M. HOC

Pourquoi sur mei dâUujts youloir ¥ous étourdir?

Aumi, d'tM ton d'inquiétuie.

Peut-être que des miens vous voulez m'avertir.

M. HOC, adfmci.

Les vôtres ! Quels sont-ils ? Que ne puis-je les craiodre ! Que ne puisje les voir, m^eo affliger, m'en plaindre! Mais vous êtes charmante; et votre aimable esprit, Je m*en défends en vain, m*enciiante et me séduit L*aocent de votre voix, votre aimable lang^ , Sont d*un accord si doux avec votre visage, Que jusqu^au fond du cœur je me sens pénétré. Et sur mes vains soupçons pleinement rassuré.

ÀLaiHi.

Vous voilà donc tranquille ?

■• HOC

Oui, je vous le répète.

ALBiin, se touchant U frotU»

Vous ne sentez plus rien, là, qui vous inquiète ?

M. noc ^imdrement.

Non, rien.

Eavéritéf

M. HOC

Ma parole d'honneur.

Vous croyez que je veux iaiie votre bonheur?

M. HOC , avec confitmoe.

Je le crois... j'en suis sûr.

AUDa , éame et soupirant, âh ! cette confiance Assure aussi le mien.

M. HOC

Quelle douée espérance !

ALMHE, troublée. Mon père ne vient point... Gomme il va me railler !

(Souriant.) Pourtant ce tête-à-tête aurait pu nous brouiller. (Elk épromê une pénible éwMtion. Elle fait un mouvement pour se retirer.)

M. HOC

Quelques momenis encor... Vous respirez à peine. Qu'avez-votts?

ALBDfs, s'essuyatU les yeux.

Vos soupçons m'ont fait un peu de peine.

M. HOC

Vous pleurez 1 pourriez-vous regretter vos aveux?

ALsnn , hU tenéUmt la main.

Je pleure du plaisir de vous savoir heureux.

(Elle sort.)

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