‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 372 sur 478 · SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil

LA RUSE, à la fenêtre , M. DE LA GAUTELLE.

M. OB L4 CAUTKLLE. — QuC faitCS-VÔUS à

cette fenêtre?

LA BUSE. — Je m'amuse à regarder un plaisant original.

M. DE LA cAUTBLLB. — Uu taWeau! Et vous décidez que c^est un original?

LA BUSE. — Je ne parle pas de tableau , je parle d'un peintre. (Il rit en le regardant toujours.)

M. DE LA GAUTELLE. ~ QuC fait-il là?

LA BUSE. — Il contemple.

¥. DE LA GAUTELLE. — Ah ! mou voisIn a des tableaux ! C'est un amateur?

LA BusB. — Non, non, monsieur, c'est un des vôtres que r^^e ce peintre. C'est le beau Murillo que vous avez acheté, ces jours passés, d'un général de l'armée d^Espagne. (// montre le tableau). Les yeux, Tesprit, Tâme de ce peintre, il y est attaché tout à fait.

M. DE LA GAUTELLE. — Youdraitr-il l'acheter?

LA BUSE. — L^acheter! grand Dieu! et avec quoi? Un peintre!... {Regardant toujours par la croisée.) Monsieur, par curiosité, venez donc voir l'attitude de cet homme-là ! Il est dans Tenthousiasme!... C'est qu*aussi il est fou de son art. On m'a dit qu'il s'appliquait surtout à l'école espagnole. Tenez , le voilà qui dessine.

M. DE LA GAUTELLE. — Et commcut n'a-ti'l pas demandé de venir chez moi?

LA BUSE. — On lui a dit que monsieur n'aimait pas les visages inconnus. 11 n'a osé.

H. DE LA GAUTELLE. ^ Ah! cct hommc cst discret. Serait-il en état de faire mon portrait?

LA BUSE. ■— Fort en état, monsieur; il peint bien. Mais ce n*est pas tout , il remet des tableaux sur toile, il fait des tableaux neufs avec des rognures de vieux tableaux. Il connaît toutes les parties de son art

M. DE LA GAUTELLE.» — Ma fcmmo mc tourmente pour avoir mon portrait. Faites -moi venir ce peintre.

LA BUSE. — Monsieur s'arrangera bien avec lui.

M. DE LA GAUTELLE. — VoUS CroyCZ ?

LA RUSE. — J'en répondrais.

M. DE LA GAUTELLE. — En CP CaS-là , j'CU

doute. Mais voyons.

LA BUSE. — Je vais lui parler.

M. DE LA GAUTELLE. — Uu momcnt... Si jc me fais peindre, j'ai besoin d'un frac neuf; car ma femme ne veut pas que je sois peint en habit de ville. D'ailleurs il m'en faut un...

LA BUSE. — Rien de si facile.

M. DE LA GAUTELLE. — Mais jC VCUX qu'il

m'aille bien.

LA BUSE. — Pourquoi vous irait-il mal?

M. DE LA GAUTELLE. — Fourquoî u'cu ai-je pas qui ne m'aille tout de travers? Pourriezvous m'expliquer cela ?

LA musB. — C'est que... (à part.) c'est que je les fais faire à ma taille.

M. DE LA GAUTELLE. — Eh Wcn, C'CSt qUC...?

Voulez-vous dire qu'il manque quelque chose à ma tournure?

LA BUSE. — C'est que le tailleur de monsieur est un tailleur d'habits de cour, qui n'a pas le genre des fracs.

M. DE LA GAUTELLE. — Cc qu'il y a dc piquant, c'est que ces mômes fracs qui me vont si mal, quand je les mets à la réforme vous vont très-bien, à vous.

LA BUSE. — Monsieur, c'est que mon petit tailleur les refait à ma taille... (à part.) ou c'est qu'ils sont faits à ma mesure.

M. DE LA GAUTELLE. — Tout portés qu'ils ont été lorsque je vous les donne, ils vous font plus d'honneur qu'à moi.

LA BUSE. — Je sais que monsieur aime qu'on soit tenu proprement.

M. DE LA GAUTELLE. — Faitcs-moi vcnir votre tailleur. Je veux un frac bien fait; et puisque mon tailleur n'a pas le genre, je ne . m'en servirai pas cette fois.

LA BUSE , à part. — Mon tailleur ! Ahî !. Mon tailleur, c'est le sien. [Haut.) Oui, monsieur.

M. DE LA GAUTELLE. — Saus retard.

LA BUSE. — A l'instant.

M. DE LA GAUTELLE. — Est-il diligent ?

LA BUSE. — On a des fracs presque tout faits pour toutes les tailles, à demi cousus. Prenez mesure à midi, vous serez habillé à deux heures.

M. DE LA GAUTELLE. — A mcrveille.

LA BUSB. — Voulez-vous que je fasse venir

492 MONSIEUR DE LA CAUTELLE

le peintre^ vous lui parlerez pendant que j^irai cb^ le tailleur ?

M. DE LA GA.UTELLE. — Oui, appelez4e.

LA BUSE. — Je n'ai qu'un signe à faire. (// va à la fenêtre et fait signe.) H va être ici dans un moment.

M. DE LA CAUTELLE. — Votre taiUeuT est- il un maître fripon?

LA BU8E. •— Pas plus qu^uu autre.

M. DE LA CAUTELLE. — Tant pis !

LA BUSE. «- Tant pis?

M. DE LA CAUTELLE. — Oui; jo voudrais un fripon de première ligne.

LA BUSE. — Si le mien ne l'est pas plus qu'un autre^ il ne l'est pas moins.

M. DE LA CAUTELLE Je le voudrais mieux^

plus consommé...

LA BUSE. — Monsieur se moque, et veut sûrement un honnête homme.

H. DE LA CAUTELLE. — ^ M'avez-vous jamais vu demander l'impossible?... Mais j'oubliais... Gourez vite dire au portier de laisser entrer votre honmie; il Fa peut-être déjà renvoyé!

LA BUSE. — Gela pourrait bien être. J'y cours...

H. DE LA CAUTELLE. "p^ Non-seulement cela peut être, mais cela doit être ; un inconnu I

LA BUSE , revenant. — Bon , voilà M. Mutilart qui est entré sans difficulté.

M. DE LA CAUTELLE. *— Saus difficulté ! Parbleu, oui! et sans avoir peut-être rencontré personne... Goquin de portier! nous verrons cela tout à l'heure. Je veux éclaircir conmient ce peintre a pu entrer ici d'emblée.

LA BUSE, annonçant, — M. Mutilart.

M. DE LA CAUTELLE. •— Goquiu do porticr !

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