‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 385 sur 478 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LA RUSE, M. MUTILART.

L A ROSB. — N'avez-vous pas rencontré monsieur?

M. MUTiLABT. •— Jc Tai VU vcuir de loin, et je suis entré dans une boutique pour quil ne m& vit pas. Sommes-nous en sûreté pour une demi-heure?

■.A BUSH. — Oui, tout au moins.

M. MUTILABT. — C'cst bicu. (// arrange un chevalet.) Voilà le siège de la malade. (// dépend un iahleaUy qu'il pose sur le chevalet.) Voici la malade. (// d^ait son habit, et le suspend à une patère ; il tire de sa poche une toile roulée sur laquelle est peinte une tête de femme,) Voici la belle en santé qui remplacera la malade. (// tire de l'autre poche une éponge et une petite ftole.) Voilà ce qui va faire revivre tout ce qui l'entoure, comme elle-même.

LA BUSB regarde la figure apportée par Mutilart. — Ma foi, elle est fort jolie celte figure, bien ressemblante à la nôtre : cependant ce n'est pas la nôtre , et je ne sais quel scrupule fait que je crains que l'on ne reconnaisse la différence de votre pinceau à celui du peintre du tableau. Il me semble que, pour dix louis^ je me hasarde à une grande disgrâce et à une mauvûse action. .

. M. MUTILABT. — Mais VOUS étcs dans Terreur ! Cette tète n'est point de mon pinceau ; elle est de l'auteur de ce tableau-là, qui n'est qu'une copie du Murillo.

■ LA BUSE. — N'est-ce pas là une copie que vous avez faite par la croisée?

M. MUTILABT. — Je u'cu ai point fait. Com-

ment, et quand, aurai-je pu la faire? La fenêtre n'a été ouverte que pour peindre madame de la Cautelle.

LA BUSE , en montrant le tableau. — D'où vient donc cette tête-ci ?

M. MUTILABT. — Elle vicut d'uu tableau à moi connu, où elle a été adaptée, et d^où le propriétaire l'a retirée pour la rendre au tableau pour lequel elle a été faite, et que voilà. Je ne fais que la reprendre, pour la restituer à celui à qui elle appartient. Cela est très-moral. Je vous ai déjà expliqué cela dans ma lettre de ce matin.

LA BUSE. — J'entends. C'est très-moral, trèsmoral. Cependant, en résultat, mon maître aura été trompé deux fois. U avait un demioriginal, il n'aura plus qu'une copie complète, et un autre aura Poriginal parfait; et d'ailleurs, pour votre opération morale, il vous revient cent louis, et à moi, qui suis dans cette affaire aussi moral que vous, il m'en revient dix seulement.

M. MUTILABT. — Allous, mcttous-eu quinze, et n^en parlons plus. Remarquez que le propriétaire pour lequel j'agis a été volé de sa Vénus, et votre maître a été attrapé conmie connaisseur. Le vol n*est pas de jeu; au lieu que, attraper un connaisseur, c'est pain bénit. D^ailleurs, la Vénus aura aussi été achetée àdeux fois.

LA BUSE. — Chut ! j'entends quelqu'un. Courez à la porte.

( Au même instant entre le tailleur. )

Page 1