‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 408 sur 478 · LE MARQUIS , LA MARQUISE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS , LA MARQUISE

LA MARQUISE

Ah ! VOUS êtes trop bon, monsieur, en vérité. Certes, ce grand garçon ne s'était point flatté De vous voir rechercher Fhonneur de ses visites. C*6st de son horizon élargir les limites... Je crains de vous en voir bientôt embarrassé.

LE MAIQUIS.

Mais c'est votre parent, madame; et j'ai pensé Que le voir fréquemment vous serait agréable. Sa tournure est fort noble, et sa figure aimable.

LA MARQUISE , avec dédain.

Vous trouvez!... Mais... c'était un fort petit garçon 1x>r8qu'en quarante-huit, je partis d'Alençon. Je le connais fort peu...

LE MARQUIS

Vous ferez connaihsanoe.

11 faut, pour ses parents, un peu de complaisance. En province, surtout, ils sont fort exigeants.

LA MARQUAS.

Ajoutez, qu'en province ils sont fort déplaisants.

LK MARQUIS

Celui-ci vous déplait?

LA MARQUISE

Il ne peut que déplaire.

LE MARQUIS, d'un ton railleur.

Ah ! pour un inconnu c'est être bien sévère : A peine il vous souvient...

LA MARQUISE

Je le connais assez...

LE MARQUIS , d'un ton sec et positif.

Eh ! sans doute, madame, oui, vous le connaissez !

LA MARQUISE, embarrassée.

Je ne le connais point...

LE MARQUIS

Quelle étrange méprise Veut que chaque parole, ici, se contredise! • Je ne le connais point... je le connais assez... » Dites donc, franchement, que vous le connaissez, Et très-bien, et beaucoup.

LA MARQUISE

Quoi donc ? Que signifie ?. . .

LE MARQITIS.

Sa jeuiiense, votre âge... ah! tout vous justifie.

LA MARQUISE

Qu'est-ce à dire, monsieur.'

LB MARQUIS

Vous étiez deux enfants, Cjir depuis cette époque il s'est passé dix ans.

LA MARQUISE

Quelle époque? Comment? Que prétendez-vous dire?

LE MARQUIS

Vous aviez dix-huit ans, lui vingt.

LA MARQUISE

Ah! quel martyre!

Quoi! vous prétendriez...?

LE MARQUIS

Oui, je soutiens, vraiment.

Qu'il fut, lui, Dut>osquet, votre premier amant.

LA MARQUISE

Mon amant!

Et, de plus, que le bonheur suprême Paya, de cet amant, la passion extrême.

LA MARQUISE

Monsieur i

LE MARQUIS

Je le répète, il fut amant heureux.

LA MARQUISE

Monsieur!

LE MARQUIS

Sincèrement il était amoureux; De plus, cousin, voisin, à peu près de votre âge... Il avait votre cceur... il obtint davantage... Dubosquet, Des Jardins, ces noms, bien assortis, Semblaient aussi vouloir que vous fussiez unis.

LA MARQUISE

Qui peut vous avoir fait de telles calomnies?

LE MARQUIS

Ce sont des vérités, malgré moi, rajeunies.

LA MARQUISE

Me voilà pour toujours étrangère au bonheur !

LE MARQUIS

Vous n'avez rien perdu de vos droits sur mon coeur. J'espérais mon bonheur, non de votre innocence, Mais des bonnes leçons de votre expérience : Quand avec Dubosquet, ici, vous disputez,

{Malignement.) Vous me prouvez assez que vous en profitez. Sur tous mes sentiments, soyez donc rassurée ; Je vais vous en donner une preuve assurée...

{Elle se rapproche j et le regarde avec reconnaissance.) Prévenant votre aveu, dont je me CTois certain , J'ai décidé, tantôt, que nous partions demain.

LA MARQUISE, révoltée.

Demain! et c'est ainsi que votre confiance...

LE MARQUIS, Hcanant.

J'en ai beaucoup, vraiment, mais en votre prudence. Vous connaissez trop bien les dangers de l'amour, Pour vous y hasarder par un plus long séjour.

LA MARQUISE , avec emphosc.

Quelle inquisition détestable, insensée.

Respectant ma conduite, accuse ma pensée!

(Avec fureur.) Quelle horreur qu'un mari qui, plaisant et jaloux, Exhale en quolibets son absurde courroux !

LE MARQUIS, tranquillement.

Sans inquisition, on évente une intrigue ; Sans colère, au désordre, on oppose une digue. Ou voit tout d'un coup d'œil, on dit tout d'un seul mot. Quand on est calme, froid, et qu on n'est point un sot.

LA MARQUISE, Qvec emphase.

La froideur, alliée avec la jalousie.

Ne peut se pardonner qu'à ces monstres d'Asie Qui, gardiens d'un sérail... Un jaloux est affreux.

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