‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 419 sur 478 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

IJi G AUDE, M. LEDIJR.

LE GARDB, à part, — Faut faire venir ca de loin. (Haut,) Est-ce que monsieur ne voudrait pas de deux beaux brochets qui vont s'en aller par les grandes eaux, si on ne les prend pas tout de suite?

u. LEDUB — Parbleu, oui! Je les veux bien. Combien pèsent-ils?

LE GARDB. — Il y cu a un d'environ comme cinq livres ; et l'autre, je gagerais bien qu'ren pèse pu de sept.

M. LEDUB. — Diable î Va bien vite les prendre, et apporte-les. Nous en mangerons un vendredi !

LE GARDE. — Oh! ils sont gras! ils ont le dos large comme la main. t

M.LEDun. — Tant mieux! Eh bien, va donc bien vite !

LE GABDE. — Mais c'est que je ne peux pa« les prendre comme ça, l'eau est trop grande. Monsieur a commandé des engins à Alençon : ils sont prêts à cxîtte heure. Si monsieur allait à Alençon, et qu'il voulit les rapporter...

M . LEou A. — Je n'irai, parbleu, pas à Alençon pour cela; mais on peut y envoyer.

LE GABDE. — C'est que c'est lourd! il y a du plomb après ces filets. Un homme ne peut pas porter cela. Si le fermier allait à la foire...

M. LKDUB. — Tu sais bien qu'il n'y va pas, et que j'ai besoin de ses harnais pour voiturer mon bois, que les charpentiers attendent.

LE GABDK. — Peut-étrc que Durand...

&i. LBDiiB, — Il est malade.

LK GABDE. — Maîs aussi, peut-être ben que ça ne presse pas tant ! Les eaux sont bien débordées, mais peut-être que le poêsson ne sortira pas pour cela. Je l'ai vu qu'était tout prêt de sortir tantôt, mais je l'ai rechassé dans l'étang.

M. LKDUR. — Tu es toujours un peu bête, mon cherRuziersj tu tiens de ton pure... Tu n'as pas l'esprit de penser à l'âne du jardin, qui n'a rien à faire à présent... tu le sais bien, puisque tu me le disais encore hier.

LE GARDE. — Oh! monsieur a bien raison ; par ma foi , je n'y pensais pas ! Que je sis bête î . . . Mais faut quelqu'un pour le conduire.

M. LKDUR. H n'y a qu'à avertir Hougot pour

AU

LA FOIHE D^ALENÇON.

cela. 11 mérite qu'on l'avance en grade : il a été cocher, ensuite charretier; il est temps d'en faire un ànier.

LB GABDE. — Quc j'sis bétc ! quc j 'sis béteî il Tant que ça soit monsieur qui pense à tout. Et s'tapendant Hougot m'disait, tout à l'heure, qu'il voulait z'aller ce matin à Alençon ; et je n'y pensais plus !

M. LBDiJB. — Ah ! Hougot avait dessein d'aller à Alençon? C'est toujours lui! En effet, c'est aujourd'hui jour de foire; il est dit que la foire d' Alençon ne peut pas tenir sans lui ! — Et c'est bien vrai qu'il t'a dit qu'il allait à Alençon? Pressé, comme je suis, pour mes plantations, quitter son ouvrage !... Eh bien, je ne veux pas qu'il ait mon âne ! qu'il aille à pied ! Et puis c'est un butor, qui me tuera mon Ane!

LE GABDE. — G'cst quc... c'cstque...

M. LBDUB. — Eh bien, achève : que veuxtu dire?

LB GABDE. — C'cst quc, si monsicur envoie un autre... Hougot croira que monsieur est fâché, et il pensera que c'est moi qui a dit à monsieur qu'il voulait aller à Alençon. Monsieur sait bien que j'ai z'un attachement avec sa fille!...

M. LBDUB . — Eh bien ! qu'est-ce qui fait que tu ne l'épouses pas?

LE GABDE. — Hougot dit qu'il attend que monsieur lui dise, comme il l'a promis, ce qu'il aurait à faire pour gôgner 63 liv. 42 sous de plus par année.

M. LkDUB. — Ah, parbleu! il prend bien le chemin de gagner ces 63 liv. 12 sous! Toutes les semaines sur le chemin d'Alençon, ou de Séez, ou du Môle ! Ce ne sont pas là les chemins qui mènent aux 63 livres.

LE GABDE. — Si monsieur voulait le lui indiquer, peut-être...

H. LEDUB, àpart. — Il me vient une idée!... ( Havt.) Eli bien ! je le lui indiquerai, ce soir, à son retour d'Alençon. Ne lui dis pas que tu m'as parlé de son projet. Tu lui diras seulement, de ma part, qu'il aille demain à Alençon chercher les filets, et qu'il prenne l'âne du jardinier pour les rapporter ; et voilà tout.

LE GARDE. — Oui , mousieur, je vais lui donner vos ordres. J'oubliais de dire à monsieur que mon père va aussi ce matin à Alençon.

M. LBDUB. — Sur son âne?

LE GARDE. — Oui, mousicur.

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