‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 424 sur 478 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LE GARDE, M. LEDUR.

M. LEDUB. — Ah! te voilà! Eh bien, comment cela s'est-il passé?

LE GABOE. — Fort bien, monsieur; et monsieur Mouchardet nous a secondés à merveille-

M. LEDUB. — Tu lui as remis ma lettre?

LB GABDE. — Mou Dicu, SBUS doutc ! c'cst cc qui nous a bien servis; et cependant, du commencement, je croyais qul'était fou, ce monsieur Mouchardet.

M. LEDUB. —Comment donc?

LA FOIRE lyALENÇON.

LE GABDf. — Pardi 1 quand j'Pi remis votre lettre, il se tourna de côté et mannottit queuqu^ paroles entre ses dents^ et il me regardit d'une façon... là, si maligne^ que je ne peux pas dire... JTi dis : Monsieur, si v^ouliez ben lire!... j^crains que cela presse... U m'a regardé zen riant, comme pour me dire : Benét^ t'es donc bien pressé d'être pincé?... 11 croyait que v'm'envoyiez à lui pour queuque correction.

M. LEouB. — Tu l'aurais bien mérité, peutêtre.

LE oABDE. — 11 me demanda de vos nouvelles; si vous vous portiez bien; si vous écriviez toujours sans lunettes, et ben longtemps tous les jours?

M. LEDUB. — 11 est bien bon. Ne t'a-t-il demandé que cela?

LE OABDF. — Il m'a demandé si c'est toujours à la boëte du Mêle que v'z'envoyez vos lettres; si vVamis viennent vous tenir souvent compagnie; s'il v'z'en vient de Paris? que ce n'est que des gens de mérite qui sont capables de faire société avec vous; qu'il voudrait bien connaître des personnes si célèbres. M. LEOUB. — Il ne t'en a pas demandé la liste?

LE OABDE. — Oh! non!.. Enfin il alu votre lettre, ous que vous l'instruisiez du projet de faire dérober l'âne de Hougot et écloper celui de mon père, et de faire faire cette opération par des gens habiles qui n'y courriont aucun risque... 11 m'a dit: C'est ben facile, et m'a demandé dans quelle auberge Hougot descendait et mon père. J'ai dit : Mon père, il va à la Pomme d'Or; pour Hougot, il est si attaché à son âne, qu*il ne le quittera pas pour faire ses commissions, ses affaires et sa promenade ; il mangera son pain sans descendre de dessus sa bête, et la bête se passera ben de manger jusqu'à son retour au Bois-Roussel. En ce cas, a dit monsieur Mouchardet, il faudra bien lui voler son âne sous lui.

M. LEDUB. — Oh ! oh ! je ne le croyais pas si habile.

LE GABDB. — Moi, j'étais bien étonné: je croyais que monsieur Mouchardet rêvait; mais non pas ! v'z'allez voir. Gomme je disais cela, v'Ià Hougot qu'arrive sur son âne, et je le suivons. U s'en va tout droit sur la place, ous qu'il y avait un charlatan, monté sur une table.

qui faisait des farces. V'ià que Hougot s'avance sur son âne jusque dans la foule, et il fut bientôt entouré de monde qui regardait comme lui. Alors monsieur Mouchardet fit venir d'un signe trois grands estafiers, à qui il dit queuques mots tout bas; et un quart d'heure après, je vis l'un d'eux qui enunena l'^e, par le licou, au travers du monde assemblé, et l'emmena par la rue aux Gieux, je ne sais où. Je regardis du côté de Hougot : il était toujours à la même place, plus haut que le monde.

M. LEDUB. — Cela est, ma foi, plaisant !

LE GABOE. — Je me demandis comment ça se faisait qu'il avait toujours l'air d'être sur son âne, et que l'âne était passé par ici pour aller par la rue aux Cieu^c. Mais, tout d'un coup, Hougot disparaît, et j'entends de granda éclats de rire autour de lui. Oh ! ma foi, personne ne regardait plus le charlatan. Tout le monde regardait Hougot, qu'était tombé par terre sur la selle de l'âne.. • et plus d'âne... et qui criidt: On m'a volé mon dne, mon âne, mon àne ! Tout le monde disait: Le pataud y le butor! il s'est laUsé voler son âne entre se» jambes ! Faut, pas moins, que ceux qui ont fait ça soyent^ bien subtils!

M. LRDUB. — Mais, en effet, comment cela a-t-il pu se faire? Tu me fais là des contes...

LE GABOE. — Oh! monsieur, je ne sis pas capable de vous tromper; et, véritablement, il a fallu qu'on m'expliquât cela à moi-même.

M. LBDUB. — Eh bien, donne-moi l'explication qu'on t'a donnée.

LE GABDE. — Tcucz, voilà la réponse de monsieur Mouchardet, qui vous la donnera luimême. Sitôt que le coup est arrivé, monsieur Mouchardet m'est venu frapper un petit coup sur l'épaule, et m'a emmené dans l'endroit ous qu'était l'âne, avec les gars qui l'avaient enlevé, et c'est alors qu'ils m'ont raconté leur manigance. Je la conçois comme si je la voyais... et c'est si simple que je la ferais moi-même.

M. LEDUB. — Eh bien ! je ne serai pas fâché de voir cela. Mais voici Hougot. Je vais commencer par lui faire une querelle sur son retard à revenir...

Page 1