LA BORNE DE NONANCOURT
génieur. -«Monsieiir^ j'ai llionneur de vous saluer.
L'iii6iiiiBfJB.<^ Bonjour^ monsieur.
CHIP fils. '-^ Il ne vous est sûrement pas échappé^ monsieur, cpie cette bome^ que vous faites poser là, va presque boucher la boutique de mon père; et moi, qui me marie avec mar demoiselle {elie salue), voua m'empêches l'entrée, si vous la plantez pendant que nous serons à Péglise, et la sortie si vous la plantez pendant le dtner. On ne peut pas bloquer ainsi une noce.
L'iNGBNiEi)â.-*-J'ai trè»-bien remarqué, en efEst, que le numéro M, dont c'est là biplace, nuirait à la bouliqiM de votre père, si les dioses devaient relier oonome ellessont . . mais, il n'en eft pas ainsi; on peut, facilement, remédier...
M. CHIP, M. amAP, CUP fils, MADBMOISBLLE
OBAP, tom ensemble. — Est-il possible ! cela n'est pas clair ! Comment cela, monsieur? comment cela?
M. CHIP. — Est^l possible, monsieur, qu'on empêche mon commerce, et qu'on me ruine?
l'icigénieub. — Ce n'est pas mon intention, de porter préjudice à votre commerce.
M. OBAP. — Ça n'est pas clair! Le fait est que...
CHIP fils. — Ne pourriez-vous, monsieur, mettre la borne un peu plus loin, au delà de la boutique de mon père?
l'inobnibub. — Je le ferais volontiers, si cela se pouvait; mais une pierre milliaire, qui est faite, précisément, pour marquer la distance ! je ne puis la mettre ni plus loin, ni plus près.
CHIP fils. — Ne pourriez-vous la mettre de l'autre côté delà rue, où elle n'incommoderait personne?
L'iiveéNiBUB. — Mon Dieu, non! cela ne se peut pas.
M. GBAP. — Cela ne se peut pas? Cela n'est pas clair.
M. CHIP. — Est-il possible, que cela soit impossible?
CHIP fils. — Elle marquerait aussi bien la distance.
L'iifriBNiEUB.-^Mais elles sont toutes, depuis Paris, sur la gauche de la route, et doivent continuer ainsi jusqu'à Brest. Je ne puis déranger la ligne.
M. GBAP. — Pourquoi a-t-on mis plutôt sur la gauche que sur la droite?
l'ingbnieub. — On a voulu que, quand de Paris, on va en province, on eût les bornes à gauche, pour que, quand on va de province à Paris, on les eût à droite.
if . CHIP, bas à l'ingénieur. — Ne pourraiton, monsieur, au moins, partager la gêne entre mon voisin Grap et moi, et mettre la borne entre nos deux portes?
l'ingénibub. — Ce n'est pas moi, vous ai-je dit, qui détermine la position de cette borne : c'est la distance.
M . GR KVyàparl^ à ^ingénieur, — Puisque mon voisin doit ^re presque bouché par la borne, ne pourriez-vous pas le boucher tout à fait, pour dégager ma boutique?
M. CHIP, à r ingénieur y à part, — IMon voisin vend si peu, et, entre nous, sa boutique est si décriée, que vous ne lui feriez pas grand tort en la condamnant tout à fait.
l'ingénieub. — Très-bien, messieurs; je reconnais toute la vérité du proverbe : Qui a bon voisin, a bon matin.
M. GBAP. — Oui, bon mâtin.
M. CHIP. — Oui, pour le mordre.
l'ingénibub. — Ce serait pour le garder, sans doute. Mais le proverbe ne dit pas mdlin, il dit matin, bonne matinée : Qui a bon voisin, a bonne matinée; il peut dormir tranquille. Ainsi, monsieur Grap peut se reposer sur monsieur Chip, pour garder sa boutique; et monsieur Chip, sur monsieur Grap.
M. GBAP. — Cela n'est pas clair.
M. CHIP. — Est-il possible!
l'ingénibub. — Je vous assure, messieurs, que vous êtes de bien bons amis. Vous donnez envie de votre amitié.
M. CHIP BT M. GBAP, ensemble. — Monsieur, faites-moi l'honneur devenir vous reposer chez moi.
CHIP fils. — Ne pourriez-vous pas diminuer de moitié la grosseur de cette bcMme? a-t-elle besoin d'être de deux pieds de large, pour porter le numéro ^?
L'iKGBivtBtJB. — n faut qu'elle soit pareille aux autres.
MADBMoisBLLB GBAP. — Sî VOUS Supprimiez Ie borne, ne pourrait-on pas la peindre sur le mur, au-dessus de la boutique, avec le numéro 46? {L'ingénieur rit.)
CHIP fils. — Vous riez, monsieur? Cela n'est pourtant pas gai; il faut une fin à tout cela ; il