LA DUCHESSE D'ALENÇON, MONTENAC
LA DUCHESSE D ALBNÇON, Se cTOfjant >eule. — Je suis bien impatiente de savoir la réponse que la duchesse aura reçue de l'abbesse de Fontevrault.
MONTENAC, d'un ton patelin. — Ne désapprouvez pas, madame, que M. le gouverneur nous ait communiqué ce qui... se passe... et vous... affecte. J'ai conçu une idée très-propre à vous tirer d'embarras.
LA DUCHESSE d'alençon, /ïi^w^^. -* D'embarras? moi, monsieur !
MONTENAC, (joçue /lardant . ~ Quand je dis vous... ah! ce n'est pas de vous, madame, mais de M. le gouverneur que je parle... Sans doute vous ne vous souciez guère d'avoir aux yeux du roi le mérite d'une obéissance sans hésitation; mais il n'en est pas de même du comte de Dammartin; et si vous vous intéressez à lui...
tk DUCHESSE d'à LE.NçoN, à ^;or/. --L'insolent ! il ose me railler !
MONTENAC. — Lc comtc uc Serait peut^tre pas fâché, au fond de l'âme, de voir humilier un petit prince qui a déjà de la hauteur; mais, d^un autre côté, ce petit prince est prince héréditaire, et l'on ne se soucie pas d'encourir l'étemelle inimitié du futur roi de France.
LA DUCHESSE d'alençon. — Diricz-vous ces choses-là devant le comte de Dammartin?
MONTENAC. — Commc je les dis devant vous... en ayant l'air de les dire pour un autre.
LA nuCHRSSE d'alrnçon, avec impatience.
— Enfin, monsieur, où voulez-vous en venir ?
MONTENAC ^ Je vicns de dire quels sont
les seuls intérêts à considérer dans cette affaire.. . car, que cette correction soit méritée ou non y qu'elle doive être utile au prince pour dompter son caractère, ou funeste en l'aigrissant , peu imp orte ; moi je ne sais et ne demande pas même à savoir pourquoi on le punit... Or, ces intérêts, j'ai trouvé le moyen de les mettre tous à couvert... {A demi-voix) en me chargeant de Texécution, si vous le voulez, et si vous approuvez quelques conditions...
LA nucHBssE d'alençon. — Eu vous chargeant... vous!... l'on m'a dit que vous aviez poussé la résistance jusqu'à la témérité avec le comte de Dammartin.
MONTENAc. — Eh! madame, si j'avais accepté sa commission par obéissance, pourrais* je la solliciter de vous par dévouement , et m'en faire un mérite près de madame la duchesse d'Orléans?
LA DUCHESSE d'alençon. — Jc VOUS croyais du faible pour cet enfant. Vous vous êtes empressé à lui plaire ; il a paru trouver du plaisir, ces jours derniers, dans votre conversation.
MONTENAC. — G'est précisément parce qu'il me soupçonnera moins qu'un autre, que je conviens mieux : car je mets pour première condition à mon offre de service, que madame la duchesse d'Orléans ne dira à personne la conmiission dont je me suis chargé, et me permettra de prendre un moyen assuré d'en dérober la connaissance à son (ils.
LA DUCHESSE D*ALENÇON. — La duchoSSC VOUS
promettra le secret , et le gardera. Mais comment éviterez-vous que l'enfant ne vous reconnaisse?
MONTENAC — Par un moyen très-sûr : je me déguiserai soiis un. ample manteau, et je me couvrirai le visage d'un masque.
LA DUCHBSSB D*ALENGON. — D'UU masqUC !
excellente idéel bonne et sage précaution! En effet, sa petite tête s'est fortement exaltée depuis quelques jours sur sa qualité d'héritier présomptif. Il rêve déjà à la couronne. Je ne sais pourquoi je me suis persuadée qu'il tenait de vous toutes ces idées qui le ravissent.
MONTENAC — Dc moi-mémc, madame; il faut bien gagner sa confiance en commençant son éducation.
LA DUCHESSE d\lençon. — Mdis VOUS igno-
LE FOUET DE NOS PÈRES
rez que ces rêves sont la principale cause du mécontentement du roi.
MONTENAC, effrayé, — Se pourrait-il?
LA DUCHESSE d'alençon, reprenant le ton moqueur, — 11 vous sied à merveille d'en infliger lapunitiou. {A pari,) Lâche, je te tiens à mon tour !
MONTENAC, vivement, — Ah ! madame la duchesse, ce que vous venez de me dire est une raison de plus , et bien plus déterpfiinante que les autres. N'ai-je pas le plus puissant intérêt à éloigner de l'esprit du roi le soupçon d'avoir entretenu le jeune prince de ses droits héréditaires? et ne me sera-t-il pas permis de mettre pour seconde condition à mon dévouement , que le roi en sera informé?
LA DUCHESSE o'alençon. — Assurémcut, monsieur; il est aussi juste que le roi sache ce que vous aurez fait pour l'exécution de ses or^ dres, qu'il est convenable de laisser ignorer au duc ce que vous aurez fait pour la réparation de ses fautes.
MONTENAC — Puis-jc aussi me flatter que madame la gouvernante me saura quelque gré...?
LA DUCHESSE D'ALE^çoN, malignement, — Beaucoup, infiniment au delà de ce que je puis *vous exprimer. Et comment pourrais-je méconnatlre votre obligeance extrême, après avoir entendu de votre bouche que l'intérêt de l'éducation du jeune duc n'entrait pour rien dans votre dévouement?
MONTENAC — Ah, madame! quelle éduca- ' tion peut-on donner à l'héritier du trône?
LA DUCHESSE D'ALE^çoN. — Nc pourrait-ou pas, en s'y prenant bien et en mettant la mesure convenable , lui enseigner la justice , la modération?
MONTENAC — Y pcuscz-vous , madame?
faire la satire du roi régnant !
LA DUCHESSE d'alençon. — NC' pourraît-ou pas lui proposer pour modèle les bonnes qualités du roi?,
MONTENAC — Évciller sa jalousie !
LA DUCHESSE d'alençon. — La jalousic du roi?
MONTENAC — Cc mot VOUS étoDuc? vous savez fort bien que la suprême puissance est une maîtresse pleine de charmes : celui qui la possède prend aisément ombrage des qualités de celui qui l'attend, et Louis XL..