‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 99 sur 478 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Division entre les maisons de Guise et de Montmorency. — Sujet de cette division. — L'ambition rivale des charges, des dignités , des bénéfices de la cour et de l'État, qui pouvaient s'obtenir de la faveur de Henri HI ou de son indolence.

Ces guerres ont commencé entre la maison de Guise et la maison de Montmorency, ou, pour fixer les idées avec plus de précision, entre François de Guise et Anne de Montmorency.

Ce furent deux fléaux pour la France que ces deux hommes-là. Le président Hénault dit à leur occasion que le concours de plusieurs grands hommes est un malheur pour les États.

Le Laboureur, dont Fopinionest respectable, appelle François de Guise héron qui aimait rÉtat et la religion.

François de Guise était un homme d'esprit et de cœur, mais n'était ni un héros ni un grand homme. Qu'il aimât l'État, cela peut être ; qu'il aimât la religion, cela n'est nullement prouvé. Ses propres intérêts Toccupaient avant tout , ce qui n'est pas héroïque.

Anne de Montmorency était fort infériem* en mérite à François de Guise.

Le concours des gt*ands hommes est toujours une grande gloire et un grand bonheur pour les nations : ce qui a fait souvent leur malheur, ce sont les grands, c'est la petitesse, quelquefois la bassesse des grands.

La jalousie entre les Guises et les Montmorencys a d'abord eu pour objet, sous le règne de Henri II, les charges de l'État, les honneurs de cour, la faveur du prince.

Les uns et les autres, courtisans vulgaires, rivalisèrent de courtoisie envers Diane de Poitiers, favorite de Henri IL

Le duc d'Aumale, frère du cardinal de Lorraine, épousa une des filles que la favorite avait de son mariage avec Louis de Brézé, et cette alliance attira de grands bienfaits sur la famille.

Le connétable à son tour jugea nécessaire, pour élever son crédit au-dessus de celui des Guises, de marier le duc de Montmorency, l'un de ses quatre fils, à Diane, bâtarde de Henri II et veuve d'Horace Famèse, bâtard du pape Paul III. Le jeune duc avait fait secrètement une promesse de mariage à mademoiselle de Pienne; le connétable obtint du roi un édit contre les mariages clandestins, et dans cet édit il fit insérer une disposition rétroactive qui s'appliquait à l'engagement de son fils. En

ÉBAUCHE fflSTORIQUE

même temps^ il demanda des dispenses au pape pour relever celui-ci de sa promesse. François de Guise commandait alors (1556) une armée en Italie contre le successeur de Charles- Quint, qui venait de se démettre de Tempire : il sollicita et intrigua près du pape pour empêcher la concession des dispenses, et fut cause d'un long retard pour l'expédition, il était jaloux du crédit que la maison de Montmorency allait obtenir par le mariage qu'elle voulait conclure par jalousie contre la maison de Guise.

L'année suivante, le connétable perd par sa faute, et, si l'histoire dit la vérité, faute de sens, la bataille de Saint-Quentin contre le duc de Savoie; il a la cuisse cassée, il est fait prisonnier avec le maréchal de Saint-André et le ^ comte de Montpensier (1). Le duc de Guise n'est guère plus heureux en Italie contre le duc d'Albe; mais du moins il reste libre. La bataille de Saint-Quentin avait répandu la terreur en France; Guise est rappelé dltalie avec son armée.

En 1558, le duc de Guise est nommé lieutenant général et représentant de la personne du roi, tant pour le conseil que pour la guerre, n obtient des succès glorieux. Il chasse les Anglais de la France; il prend Calais, Guines, Thionville.

Marie Stuart, reine d'Ecosse, sa nièce, épouse le Dauphin, qui devait être peu après François II.

Tout rit à l'ambition du duc : mais il néglige la maîtresse du roi; il s'attache à Catherine de Médicis; il déplaît à la duchesse deValentinois, et elle appuie de tout son crédit le connétable absent. Elle lui écrivait, et faisait écrire le roi avec elle : le monarque lui servait de secrétaire, puis elle reprenait la plume. Plusieurs lettres de cette correspondance secrète sont à la bibliothèque du Roi. Elles sont de deux écritures, et finissent ordinairement par cette formule : a Vos anciens et meilleurs amis, Diane et Henri (^). »

(1) Garnier donne pour motif à la bataille de Saint- Quentin la jalousie du connétable et de Tamiral de Goligny contre le duc de Guise, qui avait fixé l'attention publique par ses exploits en Italie ; jalousie qui les décida à une entreprise hardie sur les Pays-Bas, où la trêve de cinq ans n*était pas encore expirée. (T. XXVIÏ, année 1567, p. 343.)

(2) Garnier, t. XXVII, p. 473 et suivantes.

Cependant Catherine de Médicis, toujours attentive aux intérêts de sa famille, a marie, en 4559, Claude, sa seconde fille, à Charles, duc de Lorraine, que Henri II avait amené avec lui en France encore enfant : les noces se firent à Paris le 5 février, avec une magnificence extraordinaire (i). »

Dans le même temps, le connétable marie Damville, un autre de ses fils, avec Henriette de la Marck, petite-fille de la favorite.

Guise est à peu près en disgrâce. Montmorency dans la plus haute faveur. Comment en osera-t-il? M. de Thou va nous le dire : c S'étant insinué fort avant, par ses lâches soumissions, dans les bonnes grâces de la duchesse de Valentinois, qui gouvernait entièrement l'esprit du roi, il lui conseille, pour se rendre maîtresse absolue de toutes les affaires, de remplir de toutes ses créatures toutes les places que son sexe ne lui permettait pas de remplir elle-même. »

On cominença les destitutions par le premier président du parlement de Paris, parce que ce magistrat respecté avait refusé, dans un conseil que présidait le cardinal, d'opiner debout et découvert, ce qui ne se pratiquait que dans les conseils présidés par le roi.

On chassa ensuite le chancelier Olivier; mais comme on ne put obtenir de lui la démission de sa charge, on la divisa, et Pon créa un garde des sceaux (2).

Montmorency fait la paix à Cateau-Cambrésis. Quelle paix! Lorsque la France commençait à reprendre ses avantages sur TEspagne, le traité lui fait perdre ce que les armes espagnoles n'auraient pu lui enlever par trente années de succès. Mais le connétable mettait fin parla paix au commandement du lieutenant général , et l'arrêtait dans sa gloire.

Au milieu des fêtes et des réjouissances que la cour donne pour célébrer le triomphe d^m favori et la défaite de son concurrent,'Henri II meurt le iO juillet 1559, âgé de quarante et un ans, laissant la couronne à François II, âgé de dix-sept, prince faible, dont la majorité imaginaire devait être pire qu'une minorUé réelle (3) . Le pouvoir royal est comme à l'abandon.

(1) De Thou, t. II, p. 662.

(2) /dm., liv. 1 , 1. 1, p. 524.

(3) Le Laboureur.

DES GUERRES DE COUR

L'histoire a-ielle besoin de dire quelles mains vont s'en saisir ?

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