OBJET DU MÉMOIRE
ne procèdent pas immédiatement les unes des autres ; c'est que leur filiation, pour être évidente^ a besoin d'une indication qu'aucun historien n'a donnée, celle des longs développements qu'ont reçus après François 1" les traditions et les institutions morales et politiques de son temps ; développements qui en ont été les conséquences permanentes, et se sont placées entre son déplorable règne et les événements qui en ont été les résultats. De ses institutions sont nées d'autres institutions; de ses traditions^ d'autres traditions; de ses mœurs^ d'autres mœurs; et tous ces développements progressifs^ travaillant à la fois avec le temps qui les opérait et avec les principes originaires, ont précédé, précipité, aggravé les catastrophes, et sont le lien qui les unissent au règne de François P^
Je ne me propose pas d'écrire l'histoire, encore intacte, des seizième, dix-septième et dixhuitième siècles; ainsi, je n'entreprends pas de montrer comment jouèrent ou plutôt travaillèrent, dans les événements qu'on est convenu de qualifier seuls d* historiques, les traditions et les institutions de François I", et les développements successifs qu'elles reçurent elles-mêmes; je ne m'occuperai pas de montrer la génération des événements par les causes morales et politiques, celle des causes morales et politiques par les événements : cette tâche, au-dessus de mes forces, est réservée à quelqu^un de ces esprits jeunes et vigoureux qui n'attendent que la maturité.
Je me borne, donc, à établir ici deux propositions : la première, que de l'existence de la cour de François I^^ datent les mœurs dont la France était infectée avant la révolution ; la seconde, que, de l'organisation de cette cour et de ces mœurs, date un nouveau système de gouvernement dont la France n'a été délivrée que par cette même révolution : je parle du système de gouverner l'État par la cour, c^est- ^ire les intérêts publics selon les intérêts de cour, par les gens de cour et leurs affiliés, par les mœurs de cour , par l'esprit de cour, par
l'expansion de ces mœurs et de cet esprit jusque dans les dernières classes de la nation.
J'ai cru reconnaître, dans l'organisation de la cour de François I", non-seulement une institution politique bien caractérisée, mais aussi le principe de plusieurs autres institutions qui ont eu lieu à la suite, et dont l'ensemble eût été assez fort pour assurer le pouvoir absolu, s'il n'était de la nature de ce pouvoir ou de s'abandonner à des favoris qui le trahissent, ou d'irriter la ser\'itude par ses excès, et de la provoquer à sa délivrance.
Je voudrais niontrer la formation et la puissance de cette machine, ainsi que l'influence qu'elle a exercée sur le sort de la nation française. Y réussirai-je? Je ne sais, mais j'espère, du moins, faire remarquer que l'histoire politique de la cour de France, depuis François !•', n'est pas moins liée à celle du gouvernement de l'État qu'à celle des mœurs.
Je serai obligé, par la nouveauté de mes opinions, de les appuyer sur des preuves solides : pour cet effet, il sera nécessaire que je commence par tracer le système de cour et de maistm qui existait en France, lorsque François ï*' est monté sur le trône. J'invite d'avance le lecteur à ne pas confondre trois choses trèsdistinctes: la cour, la maison du roi, la maison et couronne de France.
Après avoir rempli la tâche que je me suis proposée, et montré de quels vices moraux et politiques le système de cour établi par Franç4)is I*' a infecté la France, il me restera une obligation moins pénible : ce sera de fûre connaître les exceptions que des circonstances heureuses ont marquées dans la corruption générale, et d'esquisser l'histoire de cette société d'élite, appelée si justement la bonne compagnie en Fvdince, et qui rachète si bien ce qu'avait d'ignoble le vulgabe de la cour et de la ville. Mon ouvrage comprendra, donc, deux parties : la première sera l'histoire des mœurs générales; la seconde, celle des mœurs de la société choisie.