SCÈNE PREMIÈRE
CLÉONICE seule.
JiiirFlir ces vains objets me tournent à mépris. Spectres , ne paroisses qu*à de foibles esprits , Et n'allez annoncer vos fausses prophéties Qu'aux âmes seulement que le crime a noircies, Seules à qui le ciel prédit des châtimens. Il a pour mon sujet de meilleurs sentimens : Ces horreurs à mes yeux ne sont que des fumées : Qui l'aime ne voit point ses foudres allumées ; Et quelque objet qui puisse épouvanter les sens , Les cœurs sont assurés quand ils sont innocens. Mais, quelque fermeté que la raison m'enseigne, Il semble que ce bois à mon sujet se plaigne ; Que mon proche malheur attriste les oiseaux , Même qu'il ait troublé le murmure des eaux; Qu'aujourd'hui le soleil n'ose éclairer le monde , Et qu'au lieu de souffler , le vent soupire et gronde ; Qu'il accuse le ciel de verser trop de pleurs , Et de ravir l'odeur et la grâce des fleurs. Dans ces illusions où la crainte me plonge, La chute d'une feuille autorise mon songe; Le vent avec ces bois choque aussi mon bonheur, L'eau qui souille ces fleurs menace mon honneur; Tome I. 2.
j8 L'hypocondriaque,
Il semble qu'à dessein mille horreurs retenues
Gravent l'ire des dieux et mon mal dans les nueS.
Mon œil s'attache en l'air, et d'un peu de vapeur
Forme , abusé qu'il est , les sujets de sa peur :
Que ces tombeaux ouverts sont d'un fatal augure!
Que ce bouc me paraît d'une affreuse figure!
Quel est ce bras armé qui lui perce le flanc,
Et de cet amas d'eau fait un fleuve de sang?
Mais comme en un moment la vapeur séparée
A soustrait ces objets à ma vue égarée!
Mon œil repdu plus sàiii ne peut plus s'occuper
Au plaisir qu'il a pris lui-même à sç tropiper :
Lasse d'être attentive à ces vaines matières.
Je sens que le sommeil coule soqs mes paupières ;
Le vent n'agite plus ces petits arbrisseaux;
Le silence à dessein fait dormi^ les ruis$eau$;
Le repos même a peur que ces flevirs ne se baisent;
Echo ne s'ose plaindre, et les oiseaux se taisent :
C'est veiller trop long- temps en ce rare séjour
Oïl la nuit s'est acquis plus de droit que le jour.
(EUedûTt.)
LISIDOR, ÉRISTHÈNE, CLÉONICE;
LISIBOR.
C'est un dieu qui l'ordonne : il le faut, Cléonice, Que la force ou l'amour aujourd'hui nous unisse ; Que cette nuit mes maux, çn plaisirs convertis. Fassent les entretiens du Soleil à Thétis, Ce dieu doit approuver ces douces violences , Après avoir coI^^^s de pires iosoleacçs ;