‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 104 sur 406 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LE ROI , FABRICE

Qui vient? que vois-je ici?

FABRICE

Fabrice.

LE ROI

J'en connois que l'on appelle ainsi.

i48 LA BAGUE DE L'OUBLI,

FABRICE

Sire, on ne peut plus voir deux mille écus ensemble, Sans se ressouvenir de mon nom, ce me semble.

LE ROI

Quel nom? Si vous n'avez autre occupation, Que j'apprenne deux mots de votre extraction; Et, nous promenant seuls dessous ces galeries. Divertissez un peu mes tristes rêveries.

FABRICE

J^aurai bien de la peine à répondre à ce point. Pour mon père, déjà je ne le connois point; Et, d'un autre côté, ma mère est si connue. Que tous les crocheteurs la montrent par la rue. Mais c'est trop différer, faisons ce qui lui plaît : Que ne croira-t-il point , insensé comme il est? Sire, tous les auteurs parlent de ces Fabrices De qui Rome a tiré de si nobles services : Un seul de mes aïeux, sans peine et sans rival. Conquit toute l'Espagne , et défit Annibal. Son fils, pour des exploits que ne fit jamais homme. Parut si glorieux dans un marché de Rome, Qu'il se vit, au milieu de mille bataillons. Elevé de quatorze ou de quinze échelons : Ah ! qu'un de ses enfans s'est acquis de mémoire , Et combien de Césars ont envié sa gloire! Lui seul, en son bas âge, a défait plus de rois Que ni Roland sans peur, ni qu'Oger le Danois; Que mon père, son fils, a fait de belles choses. Et qu'il en est parlé dans les métamorphoses! En ses moindres efforts, son bras plus que divin Répandit plus de sang que je ne bois de vin.

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