‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 133 sur 406 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

DORISTÉE.

O rencontre propice.

Ou Iç ciel au besoin témoigne sa justice! Généreux cavalier! Dieux!.... c'est Cléagénor.

CLEAGKNOR.

Beaux astres de mes jours , je vous revois encor, Je revois Dorislée.

DORISTEE.

o malheur salutaire Dont je tiens tout mon bien !

CLÉAGÉNOR.

o fortune prospère !

Exaltons à Tenvi la justice des dieux Dont le soin provident m'a conduit en ces lieux. Ëclaircis mes soupçons : que je brûle d'entendre Comment on te sauva des efforts de Ménandre, £t comment ce voleur a su te secourir, Et me garder mon bien le voulant acquérir!

DORISTEE.

Deux mots te l'apprendront ; mais ma foiblesse extrême M'empêche d'avancer: entends-les ici même. Le chemin que j'ai fait , et la peur que j'avois M'ont presque fait faillir l'usage de la voix : Laisse-moi reposer sur cette humide couche, Un instant seulement, avant qu'ouvrir la bouche.

CLÉAGÉNOR. *

Bamnis toute contrainte , et pour reposer mieux Souffre que le sommeil ici ferme tes yeux : J'attendrai ton réveil , et j'aurai trop de joie En ce nouveau bonheur, pourvu que je te voie.

xgo CLEÀGÉNOR ET DORISTÉE,

s DORiSTÉE , appuyée sur les genoux de Cléagénor,

Mes yeux sont trop ravis de revoir tes appas, Et le plus doux sommeil ne les fermeroit pas.

CLEAGENOR.

T'obligeant à parler, je crains de te déplaire.

DORISTÉE.

Non , ma voix de retour s'offre à te satisfaire.

Ecoute le succès de l'accident fatal ^

Qui livra mon honneur aux mains de ton rival.

Le cours précipité du eliar où je fus mise,

Où la vue un moment ne me fut pas permise ,

Me rendit sur le soir en un fort écarté ,

Tel que l'on nous figure un palais enchanté ,

Et dont j'imaginois les routes inconnues ,

Comme d'un nouveau monde , ou tombante des nues. .

Arrivé dans ce lieu , caressant ses amis ,

Par vous , leur dit Ménandre , enfin tout m'est permis :

Par vous j'ai Doristée, à ce mot il s'avance,

Et, croyant obtenir un baiser sans défense:

C'en est fait , me dit-il , mes vainqueurs sont vaincu9)

Et j'ai sur eux enfin tous les droits qu'ils ont eus.

Il s'approche, et ma main, sensible à cette iiijure,

Sur sa joue aussitôt imprime sa figure.

Tous demeurent confus, lui plus confus que tous: '

3'espère un jour, dit-il, un traitement plus doux;

Ou , si vous demeurez à mes vœux si contraire , "

La force m'obtiendra le plaisir que j'espère. . :}

Depuis, en ce beau lieu, tombeau de mon bonLheur|.;>

Il a de cent moyens assaiHi mon honneur. «.

Les offres, les sermens, et quelquefois les larmes y

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