‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 14 sur 406 · ACTE 11^ SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE 11^ SCENE III

Un courageux office , à ces beautés rendu , Peut tirer cet effet de ton sang répandu : Avec quelques efforts que l'amour te possède, Le ciel en cette lame a caché ton remède.

(H tue Lisidor. )

Ce bras, plus fayorable à ton repos que toi, Tafiranchit pour jamais des rigueurs de sa loi.

LISIDOR.

Traître, qu'un sort inique en ce désert envoie Traverser lâchement et mon corps et ma joie ; Ministre injurieux des cruautés d'enfer.

Ce que la flamme eût fait, tu le fais par le fer.

CLORIDAN

Toi complice du mal, partisan de son crime. Prends dans son infortune une part légitime; Qu'ici l'affection produise un bel effet , Te rangeant au destin d'un ami si parfait.

ÉRISTHilVE.

Plus heureux en ce point, apprends que je méprise Ceux de qui la valeur consiste en la surprise : Et que l'astre ennemi qui t'amène en ce bois

(n est tuë par Cloridan. ) ■

Mais, dieux! je perds ensemble et la vie et la voix.

CLÉOiriCE.

Un si pieux office en m'obligeant m'outrage ; Où trouver des lauriers pour un si beau courage? Pour égaler mes vœux aux forces de ton bras, Est-il ici des cœurs qui me fussent ingrats? Quel titre aurai -je acquis, si mon âme ravie Ne rend que des discours à qui je dois la vie ? Ingrate au plus courtois que le ciel vif; jamais, Hélas ! qui me -voudroit obliger désormais ?

a6 L'HYPOCONDRIAQUE,

CLORIDAN

Le motif qui m'a fait embrasser ta défense , Comme il fut mon objet, me sert de récompense ; Quelque prix si parfait qa on puisse mériter ,

L'honneur est le plus beau qu'on doive souhaiter!

GLÉONICE.

Quelques si doux appas que cet honneur contienne , Le prix est plus parfait si Cléonice est tienne ; Si ce cœur, où déjà tes attraits sont gravés, Te consacre ïes jours que tu m'as conservés. Mais qu'ici mes transports usurpent de licence, Et qu'un offre si libre a choqué la décence ; Un dieu, par la faveur d'un semblable plaisir, Auroit charmé mes sens , mais non pas mon désir. Toutefois, que le ciel m'accuse ou me pardonne. Quoi qu'on doive auxparens , quoi que l'honneur ordonne, Et quoi que le respect oppose à ma raison , Contre amour. mes avis ne sont plus de saison. ' Triomphe de mes sens , cher objet , et te vante Qu'un instant me surmonte et t'acquiert une amante.

CLORIDArN.

Je sais qu'en ce bonheur j'aurai mille envieux , Qu'une faveur pareille auroit charmé les dieux; Qu'un amant plus parfait possible t'importune , Que le mérite ici fait moins que la fortune ; Et qu'un jugement sain doit préférer les fers Qui me font ton esclave , à des sceptres offerts : Mais souffre qu'une dame un peu plus absolue Conserve dans ce cœur une gloire impoUue ; La douceur de ses yeux ici même me luit , Sa beauté m'accompagne , et ma prison me suit :

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