ACTE II, SCENE II. aoi
THlÉATfDRE.
Vous ne m'oterez rien qu'en m'otant la lumière.
PHILÉMOND , se tournant de son coté.
Donnons, monsieur!
DEUXIÈME VOLEUR
I Ah, traître!
PHILÉMOlfD.
En cette trahison Je suis ce que m'enjoint le ciel et la raison; Vous, fuyez , lâches cœurs!
PREMIER VOLEUR, yî/^a/Z/.
O perfidie extrême!
THÉAif DRE, les vojfant enjîiite.
Le ciel , qui que tu sois , te soit propice et t'aime ;
Toi seul as de ces gens le courage glacé ,
Et je dois mon salut à qui Ta menacé ;
Qui sembloit attaquer a défendu ma vie ,
£t sans ton assistance elle m'étoit ravie :
Que je sache ton nom et ta condition.
PIIILEMOND.
Hélas!
THÉANDRE
Espère tout de mon affection.
Pbur toi , s'il est besoin , j'exposerai ma tête , Et j'accorderai tout à ta moindre requête.
PHILÉMOND.
Mon sort abject et bas vous fera repentir D'avoir tant obligé qui ne peut repartir ; Cet habit montre assez mon servile exercice ,
aoa CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,
Mais je suis simple au moins, loyal, sans artifice,
Et si Ton en doutoit, plusieurs que j'ai servis
Témoigneroient encor l'innocence où je vis.
J'ai suivi sans profit la fortune d'un maître.
Qu'entre les plus fameux la France a vu paraître,
Céliandre, la gloire et Thonneur de la cour.
Mais qu'une faute insigne a fait priver du jour ;
11 trahit de son roi le pouvoir légitime,
Et sa tête superbe a réparé son crime.
Moi , depuis le revers de son sort rigoureux ,
Je cherche à qui donner mon service et mes vœux ;
Et, reposant hier en cette aimable plaine.
Ce sort injurieux dont j'éprouve la haine, '
Livra ce triste corps aux mains de ces voleurs.
Qui vouloient que mes bras secondassent les leurs ,
Et que je prisse part à l'infâme commerce
Que la nécessite parmi ces gens exerce ;
Je leur fis espérer mes soins et mon secours ,
Et par ce seul moyen j'ai conservé mes jours.
Votre rencontre enfin, conforme à mon envie •
De leur infâme joug a délivré ma vie.
Et j'ose vous offrir ce que je tiens de vous.
THÉANDRE
Chez moi, si tu le veux, ton destin sera doux. Ma femme acceptera ton service fidèle ; Tes devoirs et tes soins ne dépendront que d'elle ; Et, toujours parmi nous conservé chèrement. Tes ans se passeront assez utilement.
PHiLÉMOND, tout bas.
Sans mon Cléagénor, sans bien, sans connoissance. Si chétive, et si loin du lieu de ma naissance.