SCÈNE III
CLÉAGÉNOR, LE CONSEILLER.
CLÉAGÉirOR.
Elargi par vos soins en qui mon innocence A rencontré, monsieur^ son unique défense, Qoel.service éternel, et quels vœux'infinis....
LE CONSEILLER
Que vous m'obligerez^ tous compliment bannis. Eu n'attribuant point à ce léger office Ce que vous ne devez qu'à la seule justice; Car tous ont estimé l'irréparable effort Qu'attenta ce brutal digne d'une autre mort;
ao4 CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,
Et Ton n'a condaifné votre juste colère, Que de n'avoir pas fait sa peine plus sévère* Aucun n'a, poursuivi , tous l'ont désavoué , Tous l'ont jugé coupable ^ et tous vous ont loué.
CLÉAGÉirOR. .
O rare affection d'embrasser ma défense , Et se défendre encor de la reconnoissance ; De m'avoir obligé si généreusement, Et de ne souffrir pas même un remercîment! Gloire des vrais amis, rare honneur de notre âge^ Disposez de mes soins, employez mon courage; Adieu, verse le ciel, propice à vos desseins. Sur l'hiver de vos ans des fleurs^ à pleines mains!
LE CONSEILLER
Mais après cette vie incertaine , importune. Quelle retraite enfin borne votre fortune? Lassé de tant d'erreurs, où s'adress^ent vos pas? Ma curiosité ne vous déplaira, pas.
CLÉAGÉNOR.
Par un second malheur privé de Doristée, Où puis-je voir encor ma fortune arrêtée? Vous avez su comment cet astre précieux , Après s'être montré , disparut à mes yeux : Vous savez que j'ignore en quel endroit du mond^ ^ Le ciel captive enfin son amour vagabonde ; J'ignore en quelles mains son destin est tombé; Et dessous tant d'ennuis je n'ai pas succombé ! D'offenser sa vertu, de soupçonner sa flamme, Ce penser seulement ne peut m'entrer en l'âme : Il faut que ce rival , lorsque je m'éloîgnois , M'ait ravi ce butin une seconde fois :